22.03.2008
la Roumanie en débats
A force d'entendre dire que le débat public sur la transition en Roumanie et la capacité de réforme du pays est trop faible, on peut en arriver à désespérer de la capacité d'introspection bienveillante et de critique bienveillante de la Roumanie sur elle même.
Si ce n'est quelques belles rencontres au quotidien et quelques initiatives qui décrassent les neurones à l'exemple des débats au café organisés par Eurocollège Bucarest, l'association des anciens étudiants du Collège juridique franco-roumain d'études européennes. Le dernier débat organisé le 3 mars 2008 opposait deux équipes francophones d'affirmateurs et de négateurs (étudiants de cette formation francophone unique en son jour en droit des affaires au sein de l'Université de Bucarest) de l'assertion suivante : "la Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers". Vieux débat, tranché par 19 voix contre 18 par une faible majorité de l'approche exogène de la modernisation/transition en Roumanie.
Je parierai volontiers que dans un an, la majorité pourrait bien être modifiée.
22:45 Publié dans d. (sans) transition | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, transition, débat, Eurocollège, Collège juridique
26.01.2008
les gens de Bucarest (suite) : Bunica, 93 ans
L'autre soir à l'Institut français de Bucarest, nous étions sans en avoir été prévenus une petite quarantaine à fêter les 93 ans d'une grande petite dame, frêle et volontaire, pétillante et malicieuse : Ana IONESCU-ASLAN. A moins d'être un Bucarestois de souche et un fin connaisseur des grandes familles de cette ville, ce nom ne vous dit probablement rien.
Effectivement, c'est l'anniversaire de son double, Bunica (grand-mère en roumain), que nous avons fêté après avoir eu la chance de l'entendre commenter de vive voix, dans un français délicieux, les images du documentaire réalisé par sa petite-fille : Bunica, portrait intimiste d'une dame issue de la bonne bourgeoisie valache, indépendante et mue par une force intérieure lui permettant de passer à travers les gouttes de l'histoire avec détachement et élégance, nous emmène effectivement en 1h30 dans l'histoire de la Roumanie d'après-guerre. A travers le seul témoignage de cette femme ayant décidé de devenir conductrice de bus dans les années 60, en s'inventant une vraie-fausse identité prolétarienne pour pouvoir permettre à son fils unique (nécessairement chéri mais invisible dans le film) d'aller à l'université
, une histoire intime permet d'appréhender des bribes d'une histoire collective (ce qui est la force du cinéma du réel à l'honneur cette semaine).
En l'accompagnant au marché avec son voisin, colosse sensible travaillant la moitié de l'année comme steward sur des bateaux de croisière à l'autre bout du monde, en écoutant "sa" factrice nous raconter avec flegme que en décembre 1989 il était compliqué d'assurer la distribution du courrier à Bucarest (!!!), en voyant des ferrailleurs tziganes comprendre qu'ils n'ont plus leur place dans une ville en plein boom (déglingue + béton = transition), ce sont autant de fragments emblématiques de plusieurs Roumanies que l'on découvre.
Et sa réalité à elle, c'est celle de la culture et de la confiance en soit qui permet d'affronter les aléas du quotidien, d'aimer sa Ţara Românească (terre roumaine, nom historique de la Valachie) tout en rappelant que l'Europe ce sont les Etats-Unis moins l'unité ... mais avec une appétence folle pour la culture et la complexité du monde en plus.
Il n'y a pas d'âge pour être jeune et bien dans sa tête : merci à vous, Bunica, de donner cette leçon à la jeune génération !
15:45 Publié dans b. fragments bucarestois | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bunica, film, documentaire, Bucarest, Bucuresti, Bucharest, transition

