04.10.2009
harmonies rurales
Je parlerai dans une prochaine note, de nouveau, de toutes les raisons d'aimer Bucarest et d'y trouver de la sérénité. Mais pour aujourd'hui, retour en photo sur quelques moments de belle harmonie rencontrés en Olténie et en Transylvanie au cours du printemps dernier :
- tout d'abord, l'étonnant monastère Dintr-un Lemn
(littéralement "d'un seul bois", car construit autour d'une chapelle construite avec le bois d'un seul chêne) et l'harmonie de ce lieu où les soeurs se photographient en veillant à la qualité de la lumière ; en retrait de notre monde matériel mais très exposés aux réalités qui les entourent, tel est le paradoxe des monastères orthodoxes, où j'ai à chaque fois plaisir à entrer,
- ensuite, sur un autre registre, ma chaîne de télévision préférée, visible uniquement à Şoars chez M. et Mme GIURGIU : télé-vache
, où du plaisir de voir à travers son passe-platfourrage une vache mastiquer avec recul et distanciation. Que de plaisirs à explorer les campagnes roumaines et à y effleurer de tels moment d'authenticité, sans pour autant devoir verser dans une mythologie malsaine de la terre qui ne saurait mentir ; ici et là*, des gens très simples offrent un accueil d'une rare chaleur et font preuve d'une ouverture sur le monde étonnante.
*au passage, petit coup de pub pour le Restaurant-Bistro Ici et Là récemment ouvert à 10 mètres de Piaţa Romană (str. Mendeleev) et dont l'accueil et la simplicité de la cuisine (des basiques de la cuisine française très bien interprétés : tartare de boeuf et de saumon, souris d'agneau...) méritent le détour ; espérons que le bouche-à-oreille permette très rapidement à ce restaurant, sans prétention et abordable, de trouver son public.
19:12 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, monastère, dintr-un lemn, église en bois, valcea, soars, télé-vache, restaurant ici et là, bucarest
automne politique et marketing électoral
Ca y'est, c'est l'automne et le ciel est gris. Dans 49 jours, premier tour des présidentielles avec les candidatures désormais officiellement lancées des 2 principaux candidats. La coalition électorale PD-L/PSD a implosé, comme cela était prévisible, le gouvernement intérimaire prétend tenir le manche, l'ambiance politique est maussade, bref, la Roumanie est en campagne électorale.
Encore une fois, je me réjouis que ce blog ne soit pas un blog politique, même si je sais que certains amis et lecteurs aimeraient pouvoir plus souvent y avoir accès à des clés de lecture du paysage politique roumain, peu ou pas couvert par les médias occidentaux.
En clin d'oeil, cette photo d'un garçon coiffeur dans la bonne ville danubienne de Calaraşi peu content de voir débusqué son salon de coiffure/local de campagne.
La politique, le peigne entre les dents. Mieux vaut cela que de voir sortis les couteaux !
18:40 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, élections présidentielles, garçon coiffeur, calarasi
01.06.2009
Ailleurs, Hereşti (Herâşti) ?
Excursion du samedi il y a quelques semaines, alors que les arbres commençaient à fleurir, à Hereşti (ou Herâşti), à mi-chemin entre Bucarest et Olteniţa (sur le Danube, au sud-ouest de Bucarest).
Hereşti connu, d'après une des conservatrices du Musée du paysan roumain, pour le savoir-faire de la construction en pisé, pour la qualité du lien entre communautés (Rroms et non-Rroms) et pour la présence d'une demeure de maître du 18ème siècle, construite en pierre (rarissime dans cette région).
Une fois de plus, nous n'étions que 2 pour visiter ce manoir de campagne, élégant et vide, et dont l'usage semble se limiter à l'accueil de groupes de conservateurs du patrimoine se rendant en stage dans les réserves du Musée du paysan roumain, situées juste à côté.
A l'entrée du domaine, une troiţă (calvaire ou oratoire en plein air) sous un avant en pisé, construite dans le cadre d'un projet de valorisation du savoir-faire traditionnel du village. Pour autant, pas de maison en pisé visibles dans le village, tant du côté de la rue principale (avec les deux blocuri hérités de la période communiste), que dans les rues adjaçentes (avec des maisons d'inspiration Brancovean traditionnelle et d'autres en parpaing, brut de décoffrage).
Un village comme un autre, paisible et agréable, et un refuge pour des conservateurs soucieux de la transmission d'un patrimoine dont trop peu, hélas, se soucient.
Mais comment donner sens à la visite de vieilles pierres qui ne sont représentatives que d'elles-mêmes ? Sans abriter de collections permanentes ou d'expositions temporaires, sans servir de centre culturel pour les communautés locales, sans raconter l'histoire d'un territoire, que peut signifier le château d'Hereşti pour l'improbable visiteur ? Peut-on vendre du tourisme patrimonial et culturel sans y mettre un minimum d'inventivité et d'ambition pédagogique ?
Questions sans réponse ici.
Alors, à tout casser, Hereşti, mérite certainement qu'on y revienne un week-end pour pique-niquer à l'ombre de ces vieilles pierres dont l'ombre cet été sera très appréciable.
15:27 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hereşti, herâşti, musée du paysan roumain, patrimoine, troita, troiţă, tourisme culturel, roumanie
29.05.2009
Lire entre les cartes, un plaisir bucarestois
Grand succès samedi 16 mai dernier à Bucarest de la Nuit européenne des musées initiée par le Ministère de la culture et de la communication français et parrainée par le Conseil de l'Europe. Plaisir étonnant, par une douce nuit annonçant déjà l'été de voir déambuler dans les rues de Bucarest, du Musée national de géologie au Musée national d'art contemporain des cohortes de jeunes allant écumer la quinzaine de musées partenaires de l'opération, qui pour certains ont du accueillir en une nuit plus de visiteurs que pour tout le reste de l'année.
J'ai ainsi au gré de mes pérégrinations avec des amis découvert le Musée national de cartes et des vieux livres (Muzeul naţional al hărţilor şi cărţii veci) créé dans les années 1990 dans une jolie villa résidentielle sur la base d'un legs de M. et Mme Adrian NASTASE (ancien Premier-Ministre, par ailleurs très connu par sa tante...). Présentation riche (mais sans mise en perspective historiographique et muséographique) de fragments d'Europe, sous forme de juxtaposition de cartes permettant de voir fluctuer du 15ème au début du 20ème siècle les zones d'extension et d'influence des Empires européens et de voir apparaître puis se stabiliser, péniblement, les frontières des Etats modernes. Un musée qui mérite que l'on y retourne avec quelques livres d'histoire sous la main pour se concentrer sur la remontée du Prut et du Dniestr et mieux comprendre comment les histoires moldave, roumaine, russe et polonaise sont imbriquées dans cette région d'Europe. Ou traverser de manière imaginaire le Danube et les Carpathes avec l'Empereur Traian pour aller à la confrontation avec Decebal (et semer ainsi la graine fondatrice de l'identité roumaine). Ou relever la toponymie des villages transylvains visités par des moines franciscains et transcrite de manière parfois étonnante (les monts métallifères mentionnés, en français dans le texte, comme Mont Saint-Michel !).
Et dans la foulée, l'exposition sur l'Europe aux yeux de la cartogrophie (Europea in oglinda cartografiei) présentée jusqu'au 30 mai au Musée national de Cotroceni, hélas encore plus confidentielle, mérite le détour. Mais pour y parvenir, il faut être doublement initié : savoir que l'exposition existe et montrer patte blanche pour pouvoir, après être rentré au Musée Cotroceni (palais présidentiel) sur réservation préalable, comprendre que cette exposition est présentée dans une salle annexe et insister pour y aller.
La nuit des musées passée, nous étions deux à voyager dans le double-espace du temps historique et de la représentation géographique pour mieux comprendre à quel point la Roumanie s'est construite patiemment à la croisée des Empires et des barrières naturelles.
08:21 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, muzeul national cotroceni, europe, europa, cartografia, cartographie, cartes
08.02.2009
Elections européennes : attentions, enjeux !
Vu de Roumanie, les citoyens/électeurs roumains sont au milieu du gué entre les législatives du 30 novembre dernier et les présidentielles qui auront lieu en fin d'année ; 2 échéances nationales entre lesquelles s'intercaleront début juin 2009 (entre le 4 et le 7 juin, a priori le 7 juin en Roumanie puisque on y vote le dimanche) les élections européennes 2009.
Café Babel vient de lancer un site collaboratif dédié à ces élections, joliment intitulé "Elections européennes, sauce piquante", comme il se doit multilingue (en anglais, français, italien, espagnol, polonais*) et ayant comme objectif de réveiller le débat public sur l'importance de ces élections, et d'essayer d'éviter une trop grande nationalisation des débats nationaux. 
En Roumanie, 33 députés seront à élire, les députés élus lors de l'élection partielle de novembre 2007 (qui avait mobilisée seulement 29,46% des électeurs) voyant leur mandat arriver à leur terme en juillet 2009, tout comme les autres Députés européens élus en juin 2004.
Le Traité de Lisbonne ne sera pas entré en vigueur d'ici ces élections, si bien que le prochain président de la Commission européenne, pour la mandature 2009/2013, sera proposé par le Conseil européen (i.e. par les Chefs d'Etat et de Gouvernement des 27) et devra voir sa nomination entérinée par le Parlement européen.
Il est à craindre que le Conseil européen n'ait la tentation de voir proposée la reconduction pour 5 ans de José Manuel BARROSO, au nom d'intérêts divergents (souhait de voir la Commission européenne ne pas gagner trop de poids politique, solidarités ibériques par-delà les clivages politiques...). D'où l'importance de voir les propositions que feront les familles politiques européennes pour la présidence du Parlement européen mais également de la Commission européenne :
- les conservateurs et chrétiens-démocrates réunis au sein du Parti Populaire Européen (parmi lesquels, pour la Roumanie, le PD-L et le Partidul Conservator) devraient proposer la reconduction de José Manuel BARROSO,
- les socialistes et sociaux-démocrates réunis au sein du Parti Socialiste Européen (parmi lesquels, pour la Roumanie, le PSD) n'ont pas encore pris position (mais un mouvement semble se dégager pour pousser une candidature de l'ancien Premier Ministre danois, Poul Nyrup RASMUSSEN),
- les libéraux et libéraux-démocrates réunis au sein de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ALDE, parmi lesquels, pour la Roumanie, le PNL) ne soutiendront pas une nouvelle candidature de M. BARROSO mais n'ont pas encore désigné leur candidat (Guy VERHOFSTADT, ancien Premier Ministre belge ?),
- les verts réunis au sein du Parti Vert européen proposeront également une voie autonome,
- les extrêmes (gauche ou droite) seront structurellement trop divisés pour proposer des alternatives crédibles et se sont traditionnellement caractérisés par l'envoi au Parlement européen de Députés faisant preuve d'un total mépris pour l'institution qu'ils sont censés incarner...
Autrement dit, une élection porteuse de lourds enjeux :
- dans chaque Etat-membre : verra-t-on l'émergence d'une nouvelle génération de Députés européens à même de faire un véritable travail de médiation entre les citoyens et les institutions européennes, présents et impliqués dans les coursives du Parlement européen (ceci vaut particulièrement, hélas, pour la France...) ?
- au plan européen : sortira-t-on d'une improbable co-gestion entre le PPE et le PSE qui empêche le Parlement européen de jouer, encore plus qu'il ne le fait (de mieux en mieux, cela étant, depuis 2004) son rôle de co-législateur et de poil à gratter agissant en faveur d'une voix cohérente de l'UE sur la scène mondiale ?
* pas en roumain, hélas ; d'ailleurs, c'est dommage que le blog bucarestois de café Babel soit en sommeil depuis décembre 2007...
14:22 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alegeri europene, élections européennes, roumanie, parlement européen, adle, pse, ppe
07.02.2009
Le Banat : un eldorado aux confins
Le Banat est un territoire où la mémoire aime musarder, un mythe européen également, autant étudié, rêvé et théorisé en Europe de l'Ouest qu'en Roumanie. Feuilleter le hors-série de la revue "Cultures d'Europe centrale" sur Le Banat : un eldorado aux confins permet d'avoir plusieurs clés de lecture, plutôt accessibles, pour s'imprégner de ce que le Banat a été dans l'histoire centre-européenne.
Un eldorado aux confins
indiquent les chercheurs de la Fundaţia Treia Europa et du Centre interdisciplinaire de recherches centre-européennes de l'Université Paris-Sorbonne ; ils ont recueilli dans cet ouvrage collectif (que l'on peut commander en ligne) des témoignages photographiques, littéraires et monographiques de la vie des populations allemandes, hongroises, serbes, bulgares, tchèques, croates de cette région-creuset, zone tampon multiculturelle entre les influences ottomanes et austro-hongroises.
Le Banat est aujourd'hui une réalité multiculturelle imaginaire et réinventée, un creuset qui permet aujourd'hui de penser la co-existence douce entre des minorités nationales. Un monde disparu dans lequel l'administration austro-hongroise avait cru inventer un modèle d'autonomie locale, multilingue, chaotique et fonctionnel.
Un fragment d'Europe aujourd'hui redécouvert, alors même que la Serbie semble enfin se chercher une destinée européenne et que la frontière entre le Banat hongrois et le Banat roumain, au sein de l'Union européenne, est un passage que l'on parcourt en marchant sur des pointillés.
19:38 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, serbie, hongrie, banat, timisoara, eldorado aux confins, cultures d'europe centrale
"Give me the food", en chanson de Timişoara à Berlin
Ce blog était en jachère, sous-alimenté depuis décembre dernier. Grand temps de le ré-alimenter, au gré de l'actualité roumaine et des étonnements quotidiens de la vie en Roumanie.
J'ai découvert par Café Babel Miss Platinum, étonnante rappeuse lyrique de Berlin, Aussiedlerin* originaire de Timişoara qui a suivi ses parents à Berlin où elle a commencé une carrière musicale qui semble décoller.
Son Give me the food est un drôle (d')hommage à la Roumanie gourmande : à découvrir.
* Aussiedler (au féminin Aussiedlerin) : personne issue d'une minorité allemande d'Europe centrale ou orientale s'étant établi (angesiedelt) en Allemagne après 1989/1990 en faisant valoir son droit, parfois après plus de 10 générations, en Allemagne sur la base d'origines germaniques établies par l'état-civil et/ou la maîtrise de la langue allemande.
13:30 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, rap, roumanie, timisoara, berlin, miss platinum, give me the food
07.12.2008
Napoléon III, Victor PLACE, Alexandru Ion CUZA et l'unité roumaine
Une exposition intéressante sur "Napoléon III et les principautés roumaines" est actuellement présentée au Musée national d'art de Roumanie, à Bucarest. Organisée avec le Château de Compiègne, la Réunion des musées nationaux (France) et l'Institut français de Bucarest, elle traite à travers des témoignages historiques (archives diplomatiques, lithographie, photos) et artistiques (peinture, mobilier) des échanges entre la France et les principautés roumaines (Moldavie, Valachie) à l'époque clé de la réalisation de l'unité roumaine.
L'expo aurait mérité de mettre plus étroitement en perspective la manière dont la France, suite à la guerre de Crimée (1854/1856) a contribué à animer le jeu des puissances dans un sens conduisant, in fine, à la reconnaissance de l'indépendance roumaine en 1878.
Le second Empire de Napoléon III aura indubitablement parrainé l'union personnelle des principautés roumaines
, tout en ménageant les intérêts de la Sublime Porte (l'Empire ottoman) dont il état allié.
Ainsi, la synthèse des télégrammes reçus et envoyés par Victor PLACE, vice-consul de France à Iaşi à compter de 1855, est-elle particulièrement intéressante : ce dernier, avec clairvoyance informe dès le tout début de l'année 1859 Paris de la possible/probable élection de Alexandru Ion CUZA comme prince de Moldavie et de la possibilité pour lui d'unir sur son nom les couronnes de Moldavie et de Valachie. Demandant des instructions à Paris, il était alors répondu à Victor PLACE, observateur engagé et aguerri des soubresauts de l'indépendance roumain "restez passif".
Après avoir été le conseiller privilégié du prince CUZA (qui écrivit à Napoléon III pour demander sa nomination comme Ambassadeur à Bucarest), Victor PLACE fut muté et revint finir, discrètement, ses jours à Iaşi.
Vu de Roumanie, il reste un de ces personnages de l'ombre qui a accompagné l'indépendance roumaine. Vu d'Irak, il reste un des acteurs des fouilles archéologiques de Khorsabad
, ayant été auparavant consul de France à Mossoul, revenant alors aux racines de l'Assyrie. Sa carrière diplomatique n'en n'aura pas vraiment été récompensée, ses initiatives ayant toujours été en avance d'un temps sur l'accélération du tempo au bal des Puissances (ce qui dérangeait nécessairement sa hiérarchie).
18:55 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, romania, principautés roumaines, unité roumaine, napoléon iii, victor place, exposition
01.12.2008
39,26 % de participation et des équations à trois inconnues : le prix de la démocratie (sans électeurs) ?
Dieu merci, ce blog n'est pas politique et n'a pas vocation à l'être. J'avais pensé y glisser des photos des affiches de campagne les plus irrespectueuses des électeurs (que certains candidats prennent vraiment pour des c....), des commentaires désabusés sur une campagne pour les élections législatives (Chambre des députés et Sénat) sans militants et sans candidats mouillant leurs chemises pour aller au devant des électeurs, voire des billets tentant d'analyser les programmes (quel grossier terme) des partis en campagne.
Aujourd'hui, 1er décembre, Fête nationale en Roumanie. Devant l'Arc de triomphe de Bucarest, les dépôts de gerbe se font sous une brume qui incite à rester chez soi.
C'est ce qu'une majorité d'électeurs a fait hier, la participation ayant chuté à un niveau historiquement bas : 39,26%.
Avec un clivage villes/campagnes très marqués, les électeurs en milieu rural se rendant plus fidèlement aux urnes (effets du clientélisme en milieu rural ?). Ainsi dans les villes du judeţ de Timiş la participation en milieu urbain n'a pas dépassé 29%, elle était de l'ordre de 30% seulement à Bucarest.
Retournons vidons le verre, les chiffres sont abyssaux : des taux d'abstention grimpant à 71%. Dès hier, la Fundaţia Pro Democratia, une des ONGs faisant un (précieux) travail de monitoring des élections à constaté que ce taux d'abstention colossal est dû avant tout à une distance sans nom entre les candidats et les électeurs, alors même que le nouveau mode de scrutin qui était expérimenté hier (vote uninominal à un tour) avait pour objectif premier de rapprocher les candidats de leurs électeurs en octroyant une prime absolue (à la britannique) aux candidats capables de rallier 50% des suffrages exprimés dès le 1er tour.
Le mode de scrutin mis en oeuvre ne permet pas de retracer la composition des 2 assemblées à partir des nombres de voix exprimés, le scrutin relevant d'un mixte entre un mode de scrutin majoritaire et un mode de scrutin proportionnel (sièges non attribués aux candidats ayant réunis sur leur nom plus de 50% des voix répartis à la proportionnelle par judeţ).
Hier soir l'alliance PSD/PC (Parti social-démocrate, comportant en son sein une aile gauche peu réformiste, allié au Parti conservateur [PC] de centre-droit) l'emportait devant le PD-L (Parti démocrate-libéral, de centre-droit), laissant loin derrière le PNL (Parti national-libéral, libéral économiquement et sociétalement). Ce matin à 10h00, les résultats partiels remettent en selle le PD-L devant l'alliance PSD/PC.
Attendons donc la composition finale des assemblées. Le futur gouvernement sera dans tous les cas un gouvernement de coalition et les alliances qui se nouent en coulisse se feront sans que les électeurs n'aient donné leur avis, les tactiques d'alliances n'ayant, bien entendu, pas été explicitées au grand jour en amont.
En quelque sorte, une alternative entre l'alternance dans une certaine continuité et une continuité avec alternance partielle ? Symptômes d'une démocratie moderne et d'une société qui se cherche ?
...
11:38 Publié dans d. (sans) transition | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, élections législatives, alegeri, absention, élections roumaines, psd, pd-l
23.11.2008
Crossing the border and connecting people (english version)
Le Centre culturel français et l'Université Ioan Cuza de Iaşi organisent jeudi 27 et vendredi 28 novembre un séminaire sur "le processus de décision européen" dont un des objectifs est de traiter de la coopération transfrontalière entre la Roumanie et la République de Moldavie.
Le programme de coopération transfrontalière (CBC) 2007/2013 Roumanie/Moldavie/Ukraine adopté en 2008 devrait financer jusqu'en 2015 des projets transfrontaliers dans le domaine de l'économie, des infrastructures de transport et d'environnement ainsi que dans le domaine des échanges interpersonnels (échanges scientifiques, universitaires, entre ONGs et acteurs de la société civile). Plus de 125 millions d'euros, abondés par des co-financements nationaux sont budgétés sur les crédits de l'Instrument européen pour la politique de voisinage (IEPV) qui a pris au 1er janvier 2007 le relais du programme TACIS qui couvrait les ex-Républiques soviétiques hors pays baltes (et au titre duquel étaient financés les programmes INTERREG pour la coopération transfrontalière Roumanie/Ukraine et Roumanie/Moldavie 2004/2006 qui ont, semble-t-il, eu beaucoup de mal à décoller, les premiers contrats de financements ayant été signés au dernier trimestre 2006).
Le document-cadre de présentation du programme, de plus de 100 pages, met nettement en perspective les enjeux de la coopération transfrontalière sur la frontière orientale de l'Union européenne tout en faisant soigneusement abstraction d'une réalité culturelle et historique très spécifique (caractère récent de la césure entre la Moldavie roumaine et la République de Moldavie le long du Prut, rupture totale des liens économiques et culturels entre la Bucovine roumaine et la Bucovine ukrainienne dans l'après-guerre...).
Les objectifs poursuivis sont on ne peut plus légitimes, mais la méthode est étrange : l'anglais est la seule langue dans laquelle peuvent être déposés des dossiers au titre de ce programme, faisant fi de l'existence du roumain en partage et, peut-être, des compétences en ukrainien de certains acteurs roumains. Le Gouvernement moldave avait récemment souhaité que l'UE reconnaissance le moldave comme une langue à part entière, manière de marquer leur territoire (lien de cause à effet, l'anglais étant du coup parfaitement neutre).
Du coup, les moldaves de Roumanie et les Moldaves roumanophones vont devoir apprendre, par-delà le Prut, à communiquer dans une langue bien plus utilisée le long de la Tamise. Belle contribution de l'Union européenne au multililinguisme et au dialogue interculturel...
20:28 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : roumanie, romania, moldavie, ukraine, coopération transfrontalère, iepv, cbc


