22.01.2008
la guerre des ondes a bien eu lieu
Les radionautes qui écoutent les radios d'ailleurs par jeu et par goût des autres le font souvent gratuitement, pensant que l'herbe radiophonique des grandes ondes est plus verte que dans le champ de sa bande FM domestique.
Cold waves (en français la guerre des ondes), documentaire tout juste matiné d'une petite dose de distanciation brechtienne de Alexandru SOLOMON
vient fort à propose rappeler que les ondes, non brouillées et passant les frontières, peuvent aussi être un trait d'union avec son propre pays.
En racontant l'histoire des programmes en roumain de Radio Free Europe de l'après-guerre à 1989, en mettant en exergue les tentatives avortées - malgré attentats et empoisonnements lents - de la Securitate de mettre fin aux émissions de cette radio financée par les Américains, Alexandru SOLOMON nous raconte aussi l'histoire de simples particuliers, ouvrier, enseignante (aveugle), psychologue, dont la dissidence a trouvé une résonance par le biais des ondes. Si peu de citoyens aux temps glorieux de Ceaucescu étaient émetteurs d'un message critique par rapport aux acquis du Sonderweg de la Roumanie socialiste - qui a tant fasciné les Etats-Unis, la France, l'Allemagne de l'Ouest...-, beaucoup d'entre eux étaient récepteurs des messages plus ou moins subtils relayés depuis Munich par cette radio. Et à force d'écouter cette radio, la secousse tellurique qu'a été la révolution de 1989, imprévisible et pourtant attendue, a certainement été rendue pensable pour ceux qui à Timisoara puis à Bucarest se sont soudain dit, à quelques jours de Noël, que leur voix pouvait aussi être entendue.
En contrepoint désabusé, le témoignage d'un ancien responsable de l'unité chargée par la Securitate de tout mettre en oeuvre pour destabiliser cette radio, devenu député du parti Romania Mare (extrême droite), vient aussi nous rappeler que la Roumanie d'aujourd'hui, faute d'assumer et d'analyser son passé, peut aussi laisser libre court au plus odieux révisionnisme historique, allié objectif d'un mercantilisme de courte vue : l'opium du peuple aujourd'hui en Roumanie, c'est peut être le culte de la consommation et de l'image instantanée d'un autre bonheur irréel...
00:50 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : radio, radio Free Europe, médias, révolution, mémoire, histoire
13.01.2008
an 1 ou an 18 ?
Temps court ou temps long, voilà la question que se pose tout historien aspirant à avoir une vraie profondeur de champ pour analyser le fait historique. Lorsque l'on constate que la révolution roumaine n'a que 18 ans, il est possible de croire que le recul historique est bien là, alors même que tout un travail est encore à faire sur la genèse et la conduite de cette révolution...
Pour autant, en ce début d'année 2008, il est question de la faiblesse, structurelle ou temporaire, du lei, de l'absence de ministre de la justice, du plus grand sapin de Noël en Europe (ou au monde) installé piata unirii à Bucarest... Actualité presque anodine.
Nous sommes an l'an 1 après l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, célébré le 1er décembre dernier (fête nationale roumaine) par des passants agitant dans les rues de Bucarest des drapeaux à deux faces : l'une avec les couleurs du drapeau roumain avec surimprimé "[premier] premier décembre en Europe", l'autre avec un drapeau européen.
Nous sommes an l'an 18 de la révolution roumaine dont les images à chaud au journal télévisé d'Antenne 2 d'alors (voir les archives en ligne des JT des 21/25 décembre 1989 sur le site de l'Institut national [français] audiovisuel/INA) semblent presque irréelles tant cette réalité semble lointaine.
Le temps court du quotidien est celui de l'intégration européenne de la Roumanie, miraculeuse à considérer ces images. Images qui permettent de mieux mesurer le chemin parcouru par la Roumanie en 18 ans à peine et de comprendre, peut-être, pourquoi ce passé là est dissimulé par un présent, pas nécessairement glorieux, mais conquis à coup de réformes en passe d'être digérées.
18:35 Publié dans d. (sans) transition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, Roumanie, roumaine, Europe, intégration, européenne


