09.02.2009

La mémoire et le plein

 

Représentation le 31 janvier à Bucarest, au théâtre de l'Athénée, dans la foulée des manifestations organisées autour de la Journée mondiale de la mémoire de la shoah, de l'ensemble Les voix étouffées dirigé par le chef d'orchestre Amaury du Closel. Au programme, les chants populaires juifs de Simon LAKS, les danses de Ernst TOCH, la Journée de mon enfance de Alfred TOKAYER.

Des airs et des arias en français ou en yiddish, terriens et graves pour les uns, enjoués et aériens pour les autres. Un répertoire peu connu (voire inconnu), surprenant mais non déroutant, plaisant, touchant. La percevoir comme telle est certainement un moyen de rendre hommage à cette musique "dégénérée" (entartete Musik).

Et derrière le plaisir auditif, immédiatement ressenti, un trouble profond dès que l'on saisit ce qui relie ces compositeurs : tous juifs, tous déportés. Tous témoins d'une tradition musicale juive qui vit encore sous la baguette de Amaury du Closel qui, magistralement, sans aucun pathos, nous rappelle que cette musique, pleine et vivante, témoigne indirectement de l'horreur de la shoah. Telle est la force du projet Voix étouffées (soutenu, cela mérite d'être souligné, par la Commission européenne sur le programme "Europe pour les citoyens").

22.01.2008

la guerre des ondes a bien eu lieu

Les radionautes qui écoutent les radios d'ailleurs par jeu et par goût des autres le font souvent gratuitement, pensant que l'herbe radiophonique des grandes ondes est plus verte que dans le champ de sa bande FM domestique.

Cold waves (en français la guerre des ondes), documentaire tout juste matiné d'une petite dose de distanciation brechtienne de Alexandru SOLOMON fbaa3de8ddfdff3fc45f7522e0e3106d.jpgvient fort à propose rappeler que les ondes, non brouillées et passant les frontières, peuvent aussi être un trait d'union avec son propre pays.

En racontant l'histoire des programmes en roumain de Radio Free Europe de l'après-guerre à 1989, en mettant en exergue les tentatives avortées - malgré attentats et empoisonnements lents - de la Securitate de mettre fin aux émissions de cette radio financée par les Américains, Alexandru SOLOMON nous raconte aussi l'histoire de simples particuliers, ouvrier, enseignante (aveugle), psychologue, dont la dissidence a trouvé une résonance par le biais des ondes. Si peu de citoyens aux temps glorieux de Ceaucescu étaient émetteurs d'un message critique par rapport aux acquis du Sonderweg de la Roumanie socialiste - qui a tant fasciné les Etats-Unis, la France, l'Allemagne de l'Ouest...-, beaucoup d'entre eux étaient récepteurs des messages plus ou moins subtils relayés depuis Munich par cette radio. Et à force d'écouter cette radio, la secousse tellurique qu'a été la révolution de 1989, imprévisible et pourtant attendue, a certainement été rendue pensable pour ceux qui à Timisoara puis à Bucarest se sont soudain dit, à quelques jours de Noël, que leur voix pouvait aussi être entendue.

En contrepoint désabusé, le témoignage d'un ancien responsable de l'unité chargée par la Securitate de tout mettre en oeuvre pour destabiliser cette radio, devenu député du parti Romania Mare (extrême droite), vient aussi nous rappeler que la Roumanie d'aujourd'hui, faute d'assumer et d'analyser son passé, peut aussi laisser libre court au plus odieux révisionnisme historique, allié objectif d'un mercantilisme de courte vue : l'opium du peuple aujourd'hui en Roumanie, c'est peut être le culte de la consommation et de l'image instantanée d'un autre bonheur irréel...