16.09.2008

Eloge de l'homme roumain

L'été se termine de manière abrupte, avant que ne revienne l'été indien/tzigane. L'apparition sur quelques écrans bucarestois de Boogie, film de Radu MUNTEAN présenté cette année à Cannes (Quinzaine des réalisateurs) permet un crochet par la Mer noire, à Neptun, lorsque le beau printemps arrive.aca7cc8620991ffc2a8613b779123c98.jpg

Boogie montre des trentenaires on ne peut plus banal, un couple sans histoire(s), le côté riant et anodin de la jeune génération qui, matériellement, trouve sa voie, cahin/caha, en étant restée en Roumanie ou partie à l'étranger. Boogie donne un coup de projecteur, ni trop vif, ni trop blafard, sur certaines réalités de la Roumanie d'aujourd'hui. C'est drôle et c'est grinçant.

Et c'est surtout un magnifique éloge de l'homme roumain. Heureusement qu'il ne s'agit que d'une fiction...

11.05.2008

Regard(s) européen(s)

Pendant quelques jours encore on peut voir à Bucarest (puis ensuite à Timişoara, Craiova et Iaşi) des films de presque tous les pays européens, programmés sur le thème du dialogue interculturel. Logique en cette Année européenne du dialogue interculturel. L'Institut culturel roumain et la délégation/bureau d'information de la Commission européenne en Roumanie permettent ainsi d'élargir son horizon sans devoir aller au multiplexe voir un énième nanar américain : comme le rappelle la bande-annonce, une semaine par an, le cinéma européen a une (petite) place pour lui chez lui, en Roumanie.

26.01.2008

Stella, digne d'Ouest en Est

Il n'est pas de Hanul (en roumain : l'hôtel, le refuge, le caravansérail) que le Hanul Manuc des bords de la Dâmboviţa à Bucarest ou les refuges touristiques aux quatre coins de la Roumanie rurale ou montagneuse : le Hanul c'est aussi un campement aux portes de Paris, en Seine-Saint-Denis, le long d'une autoroute périphérique où cohabitent Rroms de Roumanie et d'ailleurs, Roumains non Rroms, et autres migrants venus d'Est en Ouest.

Parmi eux, Stella la Roumaine de Brăila, port sur le Danube et villes des errances (Panaït Istrati y est né), et Marcel son second mari, Rrom et Roumain, arrivés aux portes de Paris pour trouver le salut médical (les meilleurs médecins de spécialité roumains y sont, disent-ils...) et fuire le quotidien d'un pays où ils ne trouvaient plus leur place avant la Révolution de 1989 (un couple mixte, non accepté par les deux familles) et après (plus d'emploi). 090d9f0714136f2ad31505bc1b2bf24e.jpg

La caméra de Vanina VIGNAL, passeuse entre le monde de Stella et les notres, n'enjolive rien et ne retire rien à la vie de Stella et des siens dans leur bidonville. Le regard baissé de Stella mendiant dans le métro, son attendrissement devant sa petite nièce, le combat pour mener une vie digne dans ce Hanul, les confidences arrivant progressivement sur les raisons du départ pour la France, les images flétries d'un passé vu en sepia, la brutalité du retour au pays ... tout ceci permet d'accepter le libre-arbitre de cette héroine malgré elle et de voir dans sa dignité une ultime force de résistance contre un monde dans lequel elle ne trouve pas sa place.

Preuve encore une fois que ce cinéma du réeel, trop peu vu et reconnu en Roumanie, contribue à mieux comprendre les traumatismes des laissés-pour-compte de la transition tout en rendant à l'individu dans la société sa part de responsabilité pour ce qu'il est.

les gens de Bucarest (suite) : Bunica, 93 ans

L'autre soir à l'Institut français de Bucarest, nous étions sans en avoir été prévenus une petite quarantaine à fêter les 93 ans d'une grande petite dame, frêle et volontaire, pétillante et malicieuse : Ana IONESCU-ASLAN. A moins d'être un Bucarestois de souche et un fin connaisseur des grandes familles de cette ville, ce nom ne vous dit probablement rien.

Effectivement, c'est l'anniversaire de son double, Bunica (grand-mère en roumain), que nous avons fêté après avoir eu la chance de l'entendre commenter de vive voix, dans un français délicieux, les images du documentaire réalisé par sa petite-fille : Bunica, portrait intimiste d'une dame issue de la bonne bourgeoisie valache, indépendante et mue par une force intérieure lui permettant de passer à travers les gouttes de l'histoire avec détachement et élégance, nous emmène effectivement en 1h30 dans l'histoire de la Roumanie d'après-guerre. A travers le seul témoignage de cette femme ayant décidé de devenir conductrice de bus dans les années 60, en s'inventant une vraie-fausse identité prolétarienne pour pouvoir permettre à son fils unique (nécessairement chéri mais invisible dans le film) d'aller à l'université19a7d41fc22ab735eefd3cb603cb9c4f.jpg, une histoire intime permet d'appréhender des bribes d'une histoire collective (ce qui est la force du cinéma du réel à l'honneur cette semaine).

En l'accompagnant au marché avec son voisin, colosse sensible travaillant la moitié de l'année comme steward sur des bateaux de croisière à l'autre bout du monde, en écoutant "sa" factrice nous raconter avec flegme que en décembre 1989 il était compliqué d'assurer la distribution du courrier à Bucarest (!!!), en voyant des ferrailleurs tziganes comprendre qu'ils n'ont plus leur place dans une ville en plein boom (déglingue + béton = transition), ce sont autant de fragments emblématiques de plusieurs Roumanies que l'on découvre.

Et sa réalité à elle, c'est celle de la culture et de la confiance en soit qui permet d'affronter les aléas du quotidien, d'aimer sa Ţara Românească (terre roumaine, nom historique de la Valachie) tout en rappelant que l'Europe ce sont les Etats-Unis moins l'unité ... mais avec une appétence folle pour la culture et la complexité du monde en plus.

Il n'y a pas d'âge pour être jeune et bien dans sa tête : merci à vous, Bunica, de donner cette leçon à la jeune génération !