14.07.2008

Nous ne reviendrons pas au Luxembourg

Au bout de nulle part, à l'ouest de la route Braşov/Sighişoara, Viscri/Deutschweisskirch, le village de l'église allemande blanche. 6b5d05b576cbc17e667b0ba523868a63.jpgUn non-lieu au bout d'une piste délicatement vallonnée bordée de vergers et de champs de houblons (plus exploités, j'y reviendrai), un enchantement surprenant, un lieu de mémoire inscrit au patrimoine mondial de l'humanité et dont la mise en valeur a également été soutenue par la Commission européenne au titre du programme CULTURE 2000.

 

Un village-allées bordées de maisons à pignon d'architecture mosellane et rhénane, parfaitement disposées en contrebas d'une colline abritant l'église communale, peuplé jusqu'à 1990/91 d'une majorité d'Allemands de Transylvanie, venus des bords de la Moselle, dévastée il y à 4 siècles par la guerre de 30 ans, et trouvant ici l'assurance d'une terre et de la paix en ces confins de l'Empire austro-hongrois qu'il fallait alors stabiliser contre l'emprise ottomane.

Discussion émouvante à l'Eglise avec une dame âgée, dont tous les enfants sont partis en Allemagne, et décrivant le sort de ces Aussiedler (Allemands de l'étranger revenant s'établir en Allemagne) maintenant dans les banlieues de Hanovre et de Francfort, à moitié prolétarisés, ayant du mal à s'intégrer dans un pays qui n'est pas le leur, et s'interrogeant pour certains sur l'opportunité de revenir à Viscri relancer l'économie rurale de cette région au potentiel touristique sous-exploité.  Aujourd'hui, il n'y aurait plus que 20 à 30 Allemands à Viscri, contre plus de 200 il y a encore 20 ans. Les équilibres démographiques du village ont été rompus, certains savoir-faire perdus (la culture du houblon) et la relation à un écosystème traditionnel brisée.1b504bcddb05438ec9d0d0c72a48bc7d.jpg

Aujourd'hui, Viscri s'apprête à être raccordée au réseau d'eau courante et un réseau de chambres d'hôtes permet d'être accueilli dans ce village où il ne faut pas être surpris d'entendre parler lëtzebuergisch, langue véhiculaire de ceux qui il y à quelques siècles quittèrent Echternach au bord de la Moselle, dévastée, pour rejoindre cette terre promise, terra incognita du progrès tel que perçu au 21ème siècle (n'en déplaise à ce tracteur f20467315782c06ada36fabad83bc321.jpgde fabrication est-allemande).

Ainsi tourne la roue de l'histoire.

13.01.2008

Transylvanie, Ardeal, Erdely, Siebenbürgen : à en perdre son (bas-)latin

La Transylvanie, vue de Bucarest, est derrière l'arc des Carpates, montagnes de plus en plus déboisées. Prenant la DN1 en direction de Brasov, on arrive en Transylvanie au niveau de Predeal en passant - sans le voir - ce qui était jusqu'en 1919 la frontière entre la Roumanie et l'Empire austro-hongrois.

En Roumain, Transylvania renvoie aux territoires repris sur la Hongrie après 1919 et cette notion englobe aussi bien la Transylvanie historique, pivot multiculturel entre influences hongroise, roumaine, slaves, germaniques et ottomane, que les Maramures et la Crisana. On entend donc plusieurs choses par Transylvanie, tout comme lorsqu'on parle des Balkans (qui s'arrêtent au sud du Danube, si bien que la Dobroudja, partie de la Roumanie comprise entre le Danube et la mer Noire est, à proprement parler, balkanique, et par extension, la Roumanie en petite partie).

La n'est pas le sujet. L'objet de ce billet est de corriger une grossière erreur faite hier devant quelques amis : Ardeal, dérivé du hongrois Erdely dérive bien du latin trans-sylvania, "au-delà de la forêt" et non du supposé nom d'une peuplade latinisée !

Car la Transylvanie, enclavée par sept montagnes, se situe au-delà des forêts, ce qui en fait un pays bien réel pour muscler son imaginaire.

Et donc, Ardeal, acception roumaine courante pour parler de la Transylvanie historique, renverrait par glissements sémantiques successifs à cette même réalité. A moins que ceci ne renvoie à une quelconque racine celte qui ferait de l'Ardeal roumain multiculturel une contrée soeur de l'Ardenne (franco/belge) et de l'Ardèche (française) ?