13.05.2008
Urbanisme et germanité
Sibiu (Hermannstadt en allemand) n'est plus en 2008 Capitale européenne de la culture, mais l'enchantement demeure tant cette ville est délicieusement harmonieuse, ripolinée et décrépite, fière et modeste, étonnante.
La Gesellschaft für technische Zusammenarbeit (GtZ)

, opérateur privilégié du Ministère fédéral allemand du développement, à fait un très bon (et visible) travail de réhabilitation urbaine dans l'hyper-centre, fini juste avant que Sibiu ne soit désignée comme Capitale européenne de la culture 2007, avec Luxembourg et la Grande Région (trait d'union retrouvée entre la région d'origine de la plupart des "saxons" de la Région qui, paradoxalement, étaient très peu à venir de Saxe).
Il ne faut donc pas s'étonner à Sibiu de voir une signalétique urbaine très allemande
(cabines téléphoniques, panneaux) qui ne touche que l'hyper-centre. Le maire Klaus JOHANNIS, issu de la minorité allemande, a su très bien promouvoir l'image de sa ville, au grand plaisir de la plupart de ses administrés, roumanophones (la ville n'étant plus aussi multilingue et multiethnique qu'elle ne l'était).
Histoire (tristement) drôle entendue sur place : des touristes germanophones débarquent à Sibiu et s'adressent, sans être compris, à plusieurs passants en allemand puis finissent par dénicher un germanophone (non natif). "Mais nous croyions que Sibiu est une ville de tradition allemande ?" demandent-ils ? Et leur interlocuteur de leur répondre : "Oui, bien sûr. Mais les Allemands ne sont pas dans la rue, ils sont tous réunis pour le conseil municipal !"
19:55 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Sibiu, Hermannstadt, GTZ Rumänien, urbanisme, Capitale européen de la culture
12.05.2008
Jours tranquilles en Transylvanie
La noirceur à l'âme faute d'avoir dû désenchanter le monde et la perception de son propre être après avoir quitté Raşinari : Emil(e) CIORAN a paraît-il toujours considéré son village natal, aux portes de Sibiu, comme étant son propre eden qui ne pouvait qu'être quitté pour poursuivre son chemin dans la vie.
De passage à Raşinari, le sentiment de plénitude est bien là en remontant la longue rue pavée d'un village transylvain niché dans un vallon
et fier d'avoir gardé sa structure et son harmonie ; et niché entre les contreforts des Carpathes et Sibiu, Raşinari est un havre de paix pour un week-end, un topos du village roumain, à quelques encablures de Sibiu et du passionnant musée Astra, qui prouve que l'identité roumaine est bel et bien composite et terrienne.
Sur les pas de son lointain parent, le fils des propriétaires de la pensiunea Cioran imagine quant à lui son avenir "en ville" (à Sibiu) mais sait que tel un élastique ses pas le ramèneront de temps à autre à Raşinari pour se ressourcer.
19:50 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Transylvanie, Rasinari, Raşinari, Cioran, Sibiu
31.03.2008
dans le port de Constanţa, aucun marin ne chante
Début mars à Constanţa
, principal débouché de l'Europe centrale et balkanique sur la Mer noire via le Danube et le canal Danube/Mer noire, tour dans le port franc
accueillant encore plus de vraquiers que de porte-containers. Endroit stratégique perdu entre deux époques, celle d'avant la mondialisation ouverte et l'arrivée des porte-containers et ce 21ème siècle particulièrement ingrat pour la ville où Ovide exilé ne savait plus vers quel horizon se tourner.
Arrivé au bout de la jetée, un soldat surgit de nulle part : vous ne pouvez-pas aller plus loin me dit-il, la zone est interdite. Et dépité, de faire demi-tour pour m'en retourner vers la ville, sans regretter qu'allant plus loin, il m'aurait fallu nager quelques jours pour regagner depuis ce port désolé une rive d'Ukraine ou un des littoraux disputés entre Russes, Abkhazes, Géorgiens et Arméniens.
07:05 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, port, économie, Constanta, Danube
30.03.2008
Dans le casino de Constanţa, aucun mafieux ne joue
Constanţa
ou comment renoncer à mettre en valeur une ville qui a de nombreux atouts pour elle, portuaires, industriels, touristiques. Comment désespérer le touriste qui allant sur les pas de Trajan ou d'Ovide ou recherchant la villégiature supposée agréable ou bout de l'autoroute du soleil (chaque pays a sa propre autoroute du soleil : vers la Côté d'Azur en France, à travers le Luxembourg belge en Belgique, vers Constanţa par l'Autostrada soarelui ici) se trouve confronté à une impression d'abandon du centre historique, écoutant la voix du muezzin réveiller les chats rongeant une carcasse de poisson, dérangeant la gardienne du musée antique, rêvant quand même à ce que cette ville avait du être avant-guerre.
Un jour peut-être, le casino
construit au début du 20ème siècle sur la promenade le long de la Mer noire rouvrira ses portes, du moins si un investisseur veut bien mener à bout la rénovation de ce lieu à nul autre pareil, observé à la va-vite après être entré par une porte dérobée.
Plus de photos dans le diaporama (et un regard moins sombre sur cette ville découverte le 1er mars, jour du printemps en Roumanie, mărţişor) !
16:37 Publié dans c. histoire(s) et territoire(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, Constanta, villégiature, casino
payer deux fois la facture
Raison de plus de s'interroger sur l'éducation à l'environnement et la sensibilisation aux économie d'énergie dans un pays où le ratio consommation d'énergie/production industrielle est un des plus défavorable (le plus défavorable, même ?) au sein de l'Union européenne.
Sur cette photo
prise au Palais-musée Brukenthal à Sibiu, l'air frais passant par la fenêtre après une ondée est des plus raffraichissant, d'autant plus que le musée - comme la plupart des lieux publics en Roumanie - est surchauffé.
Et le radiateur sous la fenêtre ? Chauffant au maximum, comme il se doit...
Ou l'art de payer deux fois la facture, environnementale et énergétique. L'Agence roumaine pour les économies d'énergie (Agentia Româna pentru conservarea energiei/ARCE) a du pain sur la planche.
15:45 Publié dans d. (sans) transition | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, économie, énergie, environnement, ARCE, Sibiu
24.03.2008
rythm is it
Jolis moments musicaux ces derniers jours grâce à Lola Lafon, la titi parigote franco-roumaine qui nous a livré une très belle interprétation de Göttingen de Barbara au Clubul ţaranului romăn (club du paysan roumain adossé au Musée du paysan roumain à Bucarest) quand une nouvelle droite rance et insignifiante veut casser du magyar dans les rues de Cluj.
Rythm is it avec Jean RACINE
(pas le contemporain de Pierre CORNEILLE mais l'homme à la guitare et au joli vibrato fier d'être Born in Africa) qui a su faire vibrer son public étudiant au Club A, plus vieux club étudiant de Bucarest.
Invitation à l'imaginaire il y a avec Gilles LEROY qui, à la manière de, nous fait revivre par sa bouche et son phrasé Zelda FITZGERALD et nous renvoie de son Alabama natal au Paris de l'entre-deux-guerre, reconnaissant également que son Alabama song lu à deux voix en français et en roumain à l'Institut français de Bucarest ne perd rien de sa musicalité en allant se poser au bord de la Dâmboviţa.
23:20 Publié dans b. fragments bucarestois | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Lola Lafon, Jean Racine, Gilles Leroy, Alabama Song, Club A, Clubul Taranului Roman
23.03.2008
et le reste n'est que silence
J'aime bien les mises en abyme historiques et ai donc beaucoup apprécié le dernier film de Nae CARANFIL, restul e tăcere (le reste est silence), histoire de l'accouchement douloureux et burlesque du premier film de l'histoire du cinéma roumain, Independenţa României (l'indépendance de la Roumanie), film de genre sorti en 1912 retraçant la constitution de l'Etat roumain 35 ans auparavant, en 1877, gagnée contre l'Empire ottoman.
Un film où l'on retrouve la divine Sarah (Bernhard), réalise qu'un impérialisme culturel peut en cacher un autre, et qui permet de mieux comprendre l'attachement viscéral des Roumains au théâtre et aux images et de se souvenir que l'histoire n'est vraiment accessible/imposable au plus grand nombre que quand elle est bien mise en scène...
Tout le reste n'est que silence.
23:00 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, cinéma, Nae CARANFIL, restul e tacere, le reste est silence
22.03.2008
la Roumanie en débats
A force d'entendre dire que le débat public sur la transition en Roumanie et la capacité de réforme du pays est trop faible, on peut en arriver à désespérer de la capacité d'introspection bienveillante et de critique bienveillante de la Roumanie sur elle même.
Si ce n'est quelques belles rencontres au quotidien et quelques initiatives qui décrassent les neurones à l'exemple des débats au café organisés par Eurocollège Bucarest, l'association des anciens étudiants du Collège juridique franco-roumain d'études européennes. Le dernier débat organisé le 3 mars 2008 opposait deux équipes francophones d'affirmateurs et de négateurs (étudiants de cette formation francophone unique en son jour en droit des affaires au sein de l'Université de Bucarest) de l'assertion suivante : "la Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers". Vieux débat, tranché par 19 voix contre 18 par une faible majorité de l'approche exogène de la modernisation/transition en Roumanie.
Je parierai volontiers que dans un an, la majorité pourrait bien être modifiée.
22:45 Publié dans d. (sans) transition | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, transition, débat, Eurocollège, Collège juridique
21.03.2008
le regard intérieur
Excursion il y a quelques jours à Tărgovişte, ancienne capitale princière de la Valachie, dont l'urbanisme actuel n'est pas vraiment au diapason de ce que cette ville représente dans l'imaginaire roumain : passé le porche de la curtea domneasca (cour princière), on peut monter par un très bel escalier à vis en bois en haut de la tour de Chindia du haut de laquelle on embrasse cette ville moyenne et peut commencer à devenir les premiers contreforts des Carpates. Redescendu sur le plancher des vaches, le centre-ville se caractérise par son absence d'unité, le regard passant d'une jolie demeure de la fin du 19ème siècle à des bâtiments des années 80 à l'air de tragiquement déjà vu. Bref, une déception.
Par contre, à quelques kilomètres de là, jolie surprise à Doiceşti, commune posée de par et d'autre d'une voie de chemin de fer, écrasée par la présence d'une centrale thermique, a priori inintéressante. Mais poussée la porte du cimetière, l'église paroissiale renvoie à une autre réalité avec ses fresques noircies par le suif, son bedeau arrosant les plantes grasses posées sur une nappe en plastique dans le jardin d'hiver surajouté à l'entrée de l'église. Et cette présence bienveillante de quelques jeunes venant se recueillir tout comme le regard amusé des chiens placides allongés au pied des tombes...
Par une vitre sale, laissant passer un rai de lumière tout juste suffisant pour deviner les siècles de piété accumulés dans ce non-lieu, la cheminée de la centrale thermique. N'ayant pas d'appareil photo, seul le regard intérieur permet de se remémorer ce qui aurait été un parfait cliché de la Roumanie rurale, terre de contrastes, nécessairement !
22:38 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Tărgovişte, Doiceşti, Valachie
24.02.2008
România : one point !
Qui n'a pas compris que le concours Eurovision de la chanson est aux relations entre les peuples en Europe centrale et orientale ce que la géopolitique des symboles est aux relations internationales, à savoir quelque chose d'important, n'est pas vraiment téléphile. Une semaine après l'indépendance du Kosovo et le déplacement du président serbe Boris TADIC à Bucarest pour tenter d'obtenir un soutien unilatéral de la Roumanie à la non-reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, les téléspectateurs roumains ont décidé hier que ce seraient Nico et Vlad MIRITA qui représenteraient la Roumanie en mai à la demi-finale de l'Eurovision à Belgrade. Ils chanteront alors en roumain et en italien pe-o margine de lume ("jusqu'au bout du monde", titre révolutionnaire pour une chanson) pour tenter d'obtenir les bons points des téléspectateurs de toute l'Europe (pas celle de l'Union européenne, pas celle du Conseil de l'Europe, mais celle encore plus large de l'Eurovision).
Plus sérieusement : savez-vous que la Roumanie est 6ème sur 27 dans l'Union européenne ? De quoi ? Pour la transposition en droit national des directives européennes ? Et qu'est-ce que cela signifie ? Qu'avec seulement 13 directives (lois européennes) non intégrées dans leur législation nationale, la Roumanie est un très bon élève de la reprise de l'acquis communautaire et fait mieux que certains Etats fondateurs (dont la France) Et encore ? Sur le papier, la Roumanie est un bon élève parmi les Etats membres pour respecter le droit européen sur lequel tous les Etats membres s'engagent. Mais dans la pratique, toutes les normes européennes ne sont pas entièrement appliquées, d'où une première salve d'infractions et une vigileance de la Commission européenne renforcée sur la capacité du dernier entré dans la classe européenne à lutter contre la corruption, le crime organisé et les conflits d'intérêt.
17:20 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, Europe, intégration, Eurovision, droit européen

