31.03.2008

dans le port de Constanţa, aucun marin ne chante

Début mars à Constanţae769715367e07b66d5352953e80cf774.jpg, principal débouché de l'Europe centrale et balkanique sur la Mer noire via le Danube et le canal Danube/Mer noire, tour dans le port franc f7baf317cc1620281f16aebe21fabd95.jpgaccueillant encore plus de vraquiers que de porte-containers. Endroit stratégique perdu entre deux époques, celle d'avant la mondialisation ouverte et l'arrivée des porte-containers et ce 21ème siècle particulièrement ingrat pour la ville où Ovide exilé ne savait plus vers quel horizon se tourner.

Arrivé au bout de la jetée, un soldat surgit de nulle part : vous ne pouvez-pas aller plus loin me dit-il, la zone est interdite.  Et dépité, de faire demi-tour pour m'en retourner vers la ville, sans regretter qu'allant plus loin, il m'aurait fallu nager quelques jours pour regagner depuis ce port désolé une rive d'Ukraine ou un des littoraux disputés entre Russes, Abkhazes, Géorgiens et Arméniens.

30.03.2008

Dans le casino de Constanţa, aucun mafieux ne joue

Constanţa 27f898de6354807f34a0f8a353102c3d.jpgou comment renoncer à mettre en valeur une ville qui a de nombreux atouts pour elle, portuaires, industriels, touristiques. Comment désespérer le touriste qui allant sur les pas de Trajan ou d'Ovide ou recherchant la villégiature supposée agréable ou bout de l'autoroute du soleil (chaque pays a sa propre autoroute du soleil : vers la Côté d'Azur en France, à travers le Luxembourg belge en Belgique, vers Constanţa par l'Autostrada soarelui ici) se trouve confronté à une impression d'abandon du centre historique, écoutant la voix du muezzin réveiller les chats rongeant une carcasse de poisson, dérangeant la gardienne du musée antique, rêvant quand même à ce que cette ville avait du être avant-guerre.

 
Un jour peut-être, le casino
e19394d42e28eb660947ad65e344f189.jpgconstruit au début du 20ème siècle sur la promenade le long de la Mer noire rouvrira ses portes, du moins si un investisseur veut bien mener à bout la rénovation de ce lieu à nul autre pareil, observé à la va-vite après être entré par une porte dérobée.

 
Plus de photos dans le diaporama (et un regard moins sombre sur cette ville découverte le 1er mars, jour du printemps en Roumanie, mărţişor) !

payer deux fois la facture

L'(in)dépendance énergétique de la Roumanie est un vrai sujet de préoccupation depuis que le prix du gaz livré par la Russie sur le marché roumain a commencé à s'aligner sur les tarifs internationaux, renchérissant considérablement la facture énergétique du pays. Pour les habitants d'immeubles collectifs, les charges locatives, incluant le chauffage, sont en pleine explosion, la proratisation des charges entre occupants sans tenir compte de la consommation de chaque appartement n'incitant pas à la responsabilition individuelle.

Raison de plus de s'interroger sur l'éducation à l'environnement et la sensibilisation aux économie d'énergie dans un pays où le ratio consommation d'énergie/production industrielle est un des plus défavorable (le plus défavorable, même ?) au sein de l'Union européenne.

Sur cette photo 55c9a0829b1f85b97d7d28e31b3e69e9.jpgprise au Palais-musée Brukenthal à Sibiu, l'air frais passant par la fenêtre après une ondée est des plus raffraichissant, d'autant plus que le musée - comme la plupart des lieux publics en Roumanie - est surchauffé.

Et le radiateur sous la fenêtre ? Chauffant au maximum, comme il se doit...

Ou l'art de payer deux fois la facture, environnementale et énergétique. L'Agence roumaine pour les économies d'énergie (Agentia Româna pentru conservarea energiei/ARCE) a du pain sur la planche.

24.02.2008

România : one point !

Qui n'a pas compris que le concours Eurovision de la chanson est aux relations entre les peuples en Europe centrale et orientale ce que la géopolitique des symboles est aux relations internationales, à savoir quelque chose d'important, n'est pas vraiment téléphile. Une semaine après l'indépendance du Kosovo et le déplacement du président serbe Boris TADIC à Bucarest pour tenter d'obtenir un soutien unilatéral de la Roumanie à la non-reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, les téléspectateurs roumains ont décidé hier que ce seraient Nico et Vlad MIRITA qui représenteraient la Roumanie en mai à la demi-finale de l'Eurovision à Belgrade. Ils chanteront alors en roumain et en italien pe-o margine de lume ("jusqu'au bout du monde", titre révolutionnaire pour une chanson) pour tenter d'obtenir les bons points des téléspectateurs de toute l'Europe (pas celle de l'Union européenne, pas celle du Conseil de l'Europe, mais celle encore plus large de l'Eurovision).

Plus sérieusement : savez-vous que la Roumanie est 6ème sur 27 dans l'Union européenne ? De quoi ?  Pour la transposition en droit national des directives européennes ? Et qu'est-ce que cela signifie ? Qu'avec seulement 13 directives (lois européennes) non intégrées dans leur législation nationale, la Roumanie est un très bon élève de la reprise de l'acquis communautaire et fait mieux que certains Etats fondateurs (dont la France) Et encore ?  Sur le papier, la Roumanie est un bon élève parmi les Etats membres pour respecter le droit européen sur lequel tous les Etats membres s'engagent. Mais dans la pratique, toutes les normes européennes ne sont pas entièrement appliquées, d'où une première salve d'infractions et une vigileance de la Commission européenne renforcée sur la capacité du dernier entré dans la classe européenne à lutter contre la corruption, le crime organisé et les conflits d'intérêt.

Tea time chez le prince Radu, au service de la République

On connaît dans certaines monarchies européennes (les vraies...) des monarques républicains, mais connaissez vous des représentants de la famille royale au service de la république ?

En Roumanie, tel est le cas : si le roi Michel (Mihai), dernier roi de Roumanie ayant régné (jusqu'en 1947)  continue à vivre entre Genève et Paris, sa fille, la princesse héritière Margareta et son mari, le prince Radu, prince de Hohenzollern-Veringen9f5ab8b5d752317b20da2647737b55ba.jpg, vivent désormais essentiellement en Roumanie où le palais Elisabeta (nord de Bucarest, près du lac Herăstrău), est mis à disposition du couple royal déchu, de l'héritière de la couronne et du prince consors ... par les autorités roumaines et sécurisé par la garde présidentielle.

La semaine dernière, tea time avec le prince Radu, homme cultivé, affable et polyglotte, fils de médecin de Iaşi monté dans sa jeunesse sur les planches et ayant joué devant la caméra, devenu représentant spécial du Gouvernement roumain après avoir épousé l'héritière de la couronne.

Pas question d'entendre cet élégant plébéien annobli parler du retour à la monarchie, ni évoquer la peu glorieuse attitude de son beau-père durant la seconde guerre mondiale. La nostalgie monarchiste n'est pas au goût du jour et les héritiers de la couronne roumaine sont bien moins arrogants et plus fins que ceux de la couronne italienne (ce qui n'est pas difficile).

Non. La princesse Margareta et le prince Radu sont tous deux au service de leur pays et de leur nom, l'une en oeuvrant pour l'enfance et la protection sociale en Roumanie avec une fondation, l'autre en étant représentant spécial du Gouvernement roumain en Roumanie et à l'étranger pour promouvoir l'image du pays et donner un cap moral à un pays qui se cherche des figures charismatiques conciliant intérêt personnel et intérêt collectif.

Habile stratégie de la couronne de Roumanie, n'est-t-il pas ?

l'insouciante gravité de l'être

"Mais pourquoi donc vous voulez toujours croire que tout était horrible avant ?". Combien de fois n'ai-je pas entendu ceci sous une forme ou sous une autre de la part d'amis, collègues et partenaires roumains qui gèrent leur barque au quotidien et ont parfois du mal à saisir cette envie permanente que nous avons, nous autres Ouest-Européens, de vouloir tout relier au chemin accompli par la Roumanie depuis 1989, présupposant qu'entre les intimidations et horreurs commises par la securitate et le shopping du dimanche dans les malls de Bucarest ou de Braşov le dimanche (sortie familiale de la semaine), il n'y a pas d'autre réalité à appréhender.

L'écrivain et journaliste Stig DAGERMAN écrivait en 1946 dans un essai publié plus tard sous le titre Automne allemand (éd. Actes Sud pour la version française) : "l'étranger se trahit tout de suite par l'intérêt qu'il porte aux ruines. Cela prend du temps de s'immuniser mais on y parvient". Concernant la Roumanie d'aujourd'hui, on pourrait dire que l'étranger se trahit par sa fascination pour les vestiges du temps passé et sa capacité à renvoyer à une mythologie dépassée la complexe réalité contemporaine.

Certaines rencontres heureusement permettent de cerner l'insouciante gravité de bons nombres de personnes dans ce pays où chacun a dans son escarcelle des photos jaunies d'un été 88 à Constanţa, un humour à 3 niveaux de lectures qui dissous toute langue de bois, et des mauvais souvenirs du communisme refoulés qui ressortent parfois de manière éruptive (" tu te souviens quand tu m'avais passé les seringues [de calmant] pour l'opération [comprendre : avortement clandestin] de ma femme"). Et quand quelqu'un vous enfume avec sa Kent, sachez qu'il sort là un bâton de nicotine qui avant 1989 permettez de graisser la patte au médecin pour passer sur le billard avec un minimum d'attentions et d'ouvrir un fenestron sur notre réalité à nous, Ouest-Européens attentifs à la santé publique et pour la plupart non fumeurs.

 

17.02.2008

La Roumanie d'un trait d'aile

2h24 du décollage à l'atterissage pour aller de Paris CDG à Bucarest : la Roumanie n'est pas si loin que cela de la Belgique et de la France et l'offre tend ces temps-ci à s'étoffer.

Voici les liaisons directes existantes vers la Roumanie :
- Bruxelles/Bucarest : Brussels Airline ou MyAir
- Charleroi/Bucarest : Wizz Air
- Lyon/Bucarest : Blue Air
- Paris CDG/Bucarest : Air France et TAROM ou MyAir
- Paris Beauvais/Bucarest : Blue Air

A vous de voir l'offre de ces différentes compagnies conventionnelles (Air France et TAROM en partage de code sur Paris/Bucarest) ou low cost (Blue Air la roumaine - sérieuse et fiable -, My Air la fantasque italienne - nombreux retards ou annulations - et Wizz Air la hongroise qui monte). Air France et TAROM en réservant à l'avance ne sont pas nécessairement plus chères.

Et si vous voulez aller dans le Banat (Timişoara) ou en Transylvanie (Cluj, Sibiu), nombreuses sont les possibilités d'y arriver directement depuis Milan (sur Alitalia), Turin (sur CarpatAir), Vienne (sur Austrian Airlines) ou l'Ouest de l'Allemagne (Düsseldorf, Francfort/Main, Stuttgart, desservies par CarpatAir, Munich par Lufthansa et CarpatAir). Pour faire un Lyon/Cluj ou un Marseille/Timişoara, pas besoin de changer deux fois et de passer par Bucarest ou Paris !

04.02.2008

bling...

Aujourd'hui : rien.

... bling

14.01.2008

-5°8 le matin

Il paraît qu'on a parlé il ya deux semaines de Bucarest dans les médias allemands et français ! Ma tante ma même envoyé un très gentil mél, merci Isabelle, pour savoir si j'arrivais à survivre "par -20°" dans une ville où les rues sont apparemment bloquées par des congères. Effectivement, les images de Giurgiu (au Sud de Bucarest, près du Danube, où il a le plus neigé, comme en Bulgarie du Nord-Est) ou de Dobreta-Turnu-Severin ont du être présentées très rapidement sans que les journalistes prennent la peine d'expliquer que, contrairement aux habitudes, c'est dans la Dobroudja (plaine du Danube) et en Valachie qu'il a le plus neigé, les vents glacés et porteurs de neige venant de la Mer noire, alors que les conditions climatiques étaient un peu moins rigoureuses en Transylvanie, en Moldavie ou dans les Maramures.

Inutile de dire que les conditions n'étaient pas aussi rigoureuses que cela à Bucarest même si la neige a mis à nue la totale désorganisation des services de la voirie et surpris nombre de Bucarestois qui ont perdu l'habitude de rouler sur neige (ou qui n'avaient pas de voiture quand les hivers étaient plus neigeux, mais c'est un autre sujet).

Occasion d'indiquer que la Roumanie, pays historiquement et physiquement composite ne se limite pas à Bucarest (même si certains Français aiment en Roumanie croire y retrouver un clivage Paris/province qui vient conforter leurs fantasmes jacobins...), et que la météo roumaine est souvent très variée, surprenante et diverse, à l'image de ses territoires.

Du coup, je vous invite à aller consulter en ligne la météo de Bucarest et de plein d'autres villes roumaines, à défaut de mettre en ligne tous les matins la température qu'il fait sur mon balcon (-5°8 ce matin) ou à Miercurea-Ciuc, réputée être la ville la plus froide de Roumanie !

13.01.2008

blog, mode d'emploi

Bucarest un dimanche d'après-midi, froid sec et temps beau. Du moins ce que j'observe de cette ville-fragments alors même que je me décide à créer ce blog personnel et anecdotique, mais nécessairement culturel et politique.

Personnel : car ce blog n'est pas institutionnel, n'engage que son rédacteur, trentenaire en poste à Bucarest pour quelques années, Européen de l'Ouest tourné vers l'Europe centrale et orientale, citoyen européen francophone, désireux de partager des choses vues, entendues et ressenties à Bucarest et mises en perspective en fonction d'humeurs quotidiennes.

Anecdotique : nécessairement anecdotique, dirait Marguerite DURAS, car il s'agit à partir de fragments du quotidien, par le texte, l'image ou le renvoi à d'autres sources, de vous faire partager des instantanés de la vie en Roumanie en 2008 et de témoigner de ce qui se transforme et de ce qui est immuable. En caressant des clichés dans le sens du poil ou en les démolissant, en croyant comprendre ce qu'est ce pays en transition ou en étant lost in translation.

Culturel et politique, car faire partager le ressenti du quotidien n'a vraiment d'intérêt que si on s'essaye à une mise en perspective culturelle et politique. Le culturel pour le goût des autres, le politique car c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

Alors, bonnes lectures et rencontres.

vuderoumanie@laposte.net