26.05.2008

Si chers voisins

Samedi dernier, finale de l'Eurovision, rendez-vous très important pour Jean-Paul GAULTIER (qui a paraît-il commenté la finale depuis Belgrade pour la télévision française) et tous ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne : pour la Serbie, pays hôte, les autres pays des Balkans occidentaux, les trois Etats du Sud-Caucase, la Moldavie, l'Ukraine et la Russie, être sélectionné pour la finale de l'Eurovision, c'est encore mieux qu'un Accord de stabilité et d'association avec l'Union européenne. Sans oublier l'ineffable décrochage par Jérusalem (!!!) pour entendre l'octroi des "twelve points" par les téléspectateurs israéliens à la Russie.

L'Eurovision, c'est un peu l'Europe en très grand et le stade ultime de la variétoche (en anglais, si possible) appliquée au rapprochement entre les peuples.

Sur un plan artistique...

Mais cela peut être rigolo d'analyser (quel grand mot) qui donne ses points à qui. Et là il y a de l'espoir : l'Albanie donnant 10 points à la Serbie (!), la Géorgie à l'Arménie, l'Estonie à la Russie (vainqueur).

Et devinez qui à donné 12 points à Nico et Vlad MIRITA qui avaient au moins le mérite de chanter dans leur langue (la soupe en VO c'est quand même mieux que la soupe en VAnglaise) : la Moldavie.

Comme quoi, les relations Moldavo/Roumaine sont au beau fixe (M. VORONINE a-t-il lui aussi envoyé un SMS surtaxé ?).

26.01.2008

Stella, digne d'Ouest en Est

Il n'est pas de Hanul (en roumain : l'hôtel, le refuge, le caravansérail) que le Hanul Manuc des bords de la Dâmboviţa à Bucarest ou les refuges touristiques aux quatre coins de la Roumanie rurale ou montagneuse : le Hanul c'est aussi un campement aux portes de Paris, en Seine-Saint-Denis, le long d'une autoroute périphérique où cohabitent Rroms de Roumanie et d'ailleurs, Roumains non Rroms, et autres migrants venus d'Est en Ouest.

Parmi eux, Stella la Roumaine de Brăila, port sur le Danube et villes des errances (Panaït Istrati y est né), et Marcel son second mari, Rrom et Roumain, arrivés aux portes de Paris pour trouver le salut médical (les meilleurs médecins de spécialité roumains y sont, disent-ils...) et fuire le quotidien d'un pays où ils ne trouvaient plus leur place avant la Révolution de 1989 (un couple mixte, non accepté par les deux familles) et après (plus d'emploi). 090d9f0714136f2ad31505bc1b2bf24e.jpg

La caméra de Vanina VIGNAL, passeuse entre le monde de Stella et les notres, n'enjolive rien et ne retire rien à la vie de Stella et des siens dans leur bidonville. Le regard baissé de Stella mendiant dans le métro, son attendrissement devant sa petite nièce, le combat pour mener une vie digne dans ce Hanul, les confidences arrivant progressivement sur les raisons du départ pour la France, les images flétries d'un passé vu en sepia, la brutalité du retour au pays ... tout ceci permet d'accepter le libre-arbitre de cette héroine malgré elle et de voir dans sa dignité une ultime force de résistance contre un monde dans lequel elle ne trouve pas sa place.

Preuve encore une fois que ce cinéma du réeel, trop peu vu et reconnu en Roumanie, contribue à mieux comprendre les traumatismes des laissés-pour-compte de la transition tout en rendant à l'individu dans la société sa part de responsabilité pour ce qu'il est.