23.11.2008

Crossing the border and connecting people (english version)

 

Le Centre culturel français et l'Université Ioan Cuza de Iaşi organisent jeudi 27 et vendredi 28 novembre un séminaire sur "le processus de décision européen" dont un des objectifs est de traiter de la coopération transfrontalière entre la Roumanie et la République de Moldavie.

Le programme de coopération transfrontalière (CBC) 2007/2013 Roumanie/Moldavie/Ukraine adopté en 2008 devrait financer jusqu'en 2015 des projets transfrontaliers dans le domaine de l'économie, des infrastructures de transport et d'environnement ainsi que dans le domaine des échanges interpersonnels (échanges scientifiques, universitaires, entre ONGs et acteurs de la société civile). Plus de 125 millions d'euros, abondés par des co-financements nationaux sont budgétés sur les crédits de l'Instrument européen pour la politique de voisinage (IEPV) qui a pris au 1er janvier 2007 le relais du programme TACIS qui couvrait les ex-Républiques soviétiques hors pays baltes (et au titre duquel étaient financés les programmes INTERREG pour la coopération transfrontalière Roumanie/Ukraine et Roumanie/Moldavie 2004/2006 qui ont, semble-t-il, eu beaucoup de mal à décoller, les premiers contrats de financements ayant été signés au dernier trimestre 2006).

Le document-cadre de présentation du programme, de plus de 100 pages, met nettement en perspective les enjeux de la coopération transfrontalière sur la frontière orientale de l'Union européenne tout en faisant soigneusement abstraction d'une réalité culturelle et historique très spécifique (caractère récent de la césure entre la Moldavie roumaine et la République de Moldavie le long du Prut, rupture totale des liens économiques et culturels entre la Bucovine roumaine et la Bucovine ukrainienne dans l'après-guerre...).

Les objectifs poursuivis sont on ne peut plus légitimes, mais la méthode est étrange : l'anglais est la seule langue dans laquelle peuvent être déposés des dossiers au titre de ce programme, faisant fi de l'existence du roumain en partage et, peut-être, des compétences en ukrainien de certains acteurs roumains. Le Gouvernement moldave avait récemment souhaité que l'UE reconnaissance le moldave comme une langue à part entière, manière de marquer leur territoire (lien de cause à effet, l'anglais étant du coup parfaitement neutre).

Du coup, les moldaves de Roumanie et les Moldaves roumanophones vont devoir apprendre, par-delà le Prut, à communiquer dans une langue bien plus utilisée le long de la Tamise. Belle contribution de l'Union européenne au multililinguisme et au dialogue interculturel...

28.10.2008

Podul de Flori, pot-pourri moldave

Les lumières sont les collines sont douces et rasantes et quelques détails font percevoir que nous sommes au-delà du Prut, en République de Moldavie et non pas en Moldavie roumaine : une statue de Lénine encore présente, une référence au raion hérité de l'URSS et non pas au judeţ roumain (équivalent du Département français ou de la Province belge), un parlé très particulier. Derrière ces images d'une campagne qu'un occidental qualifierait d'intacte, une réalité dure mais appréhendée avec une grande générosité : un homme, dur et droit, tendre et parfois perdu, élève seul ses enfants, sa femme étant partie travaillée en Italie.

Le huis clos familial ouvert sur la campagne moldave est retranscrit de manière documentaire, suivant les saisons qui accentuent l'éloignement de la mère. Le regard si juste et clairvoyant de Thomas CIULEI, sur Costica et ses enfants a valeur de fable.

Et pourtant, c'est une réalité massive qu'il présente, celle de dizaines de milliers d'enfants en Moldavie élevés par un seul ou aucun de leurs parents, ces derniers étant partis à l'étranger.

Un regard juste et un documentaire à voir.

26.05.2008

Si chers voisins

Samedi dernier, finale de l'Eurovision, rendez-vous très important pour Jean-Paul GAULTIER (qui a paraît-il commenté la finale depuis Belgrade pour la télévision française) et tous ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne : pour la Serbie, pays hôte, les autres pays des Balkans occidentaux, les trois Etats du Sud-Caucase, la Moldavie, l'Ukraine et la Russie, être sélectionné pour la finale de l'Eurovision, c'est encore mieux qu'un Accord de stabilité et d'association avec l'Union européenne. Sans oublier l'ineffable décrochage par Jérusalem (!!!) pour entendre l'octroi des "twelve points" par les téléspectateurs israéliens à la Russie.

L'Eurovision, c'est un peu l'Europe en très grand et le stade ultime de la variétoche (en anglais, si possible) appliquée au rapprochement entre les peuples.

Sur un plan artistique...

Mais cela peut être rigolo d'analyser (quel grand mot) qui donne ses points à qui. Et là il y a de l'espoir : l'Albanie donnant 10 points à la Serbie (!), la Géorgie à l'Arménie, l'Estonie à la Russie (vainqueur).

Et devinez qui à donné 12 points à Nico et Vlad MIRITA qui avaient au moins le mérite de chanter dans leur langue (la soupe en VO c'est quand même mieux que la soupe en VAnglaise) : la Moldavie.

Comme quoi, les relations Moldavo/Roumaine sont au beau fixe (M. VORONINE a-t-il lui aussi envoyé un SMS surtaxé ?).

26.01.2008

Stella, digne d'Ouest en Est

Il n'est pas de Hanul (en roumain : l'hôtel, le refuge, le caravansérail) que le Hanul Manuc des bords de la Dâmboviţa à Bucarest ou les refuges touristiques aux quatre coins de la Roumanie rurale ou montagneuse : le Hanul c'est aussi un campement aux portes de Paris, en Seine-Saint-Denis, le long d'une autoroute périphérique où cohabitent Rroms de Roumanie et d'ailleurs, Roumains non Rroms, et autres migrants venus d'Est en Ouest.

Parmi eux, Stella la Roumaine de Brăila, port sur le Danube et villes des errances (Panaït Istrati y est né), et Marcel son second mari, Rrom et Roumain, arrivés aux portes de Paris pour trouver le salut médical (les meilleurs médecins de spécialité roumains y sont, disent-ils...) et fuire le quotidien d'un pays où ils ne trouvaient plus leur place avant la Révolution de 1989 (un couple mixte, non accepté par les deux familles) et après (plus d'emploi). 090d9f0714136f2ad31505bc1b2bf24e.jpg

La caméra de Vanina VIGNAL, passeuse entre le monde de Stella et les notres, n'enjolive rien et ne retire rien à la vie de Stella et des siens dans leur bidonville. Le regard baissé de Stella mendiant dans le métro, son attendrissement devant sa petite nièce, le combat pour mener une vie digne dans ce Hanul, les confidences arrivant progressivement sur les raisons du départ pour la France, les images flétries d'un passé vu en sepia, la brutalité du retour au pays ... tout ceci permet d'accepter le libre-arbitre de cette héroine malgré elle et de voir dans sa dignité une ultime force de résistance contre un monde dans lequel elle ne trouve pas sa place.

Preuve encore une fois que ce cinéma du réeel, trop peu vu et reconnu en Roumanie, contribue à mieux comprendre les traumatismes des laissés-pour-compte de la transition tout en rendant à l'individu dans la société sa part de responsabilité pour ce qu'il est.