26.01.2008

les gens de Bucarest (suite) : Bunica, 93 ans

L'autre soir à l'Institut français de Bucarest, nous étions sans en avoir été prévenus une petite quarantaine à fêter les 93 ans d'une grande petite dame, frêle et volontaire, pétillante et malicieuse : Ana IONESCU-ASLAN. A moins d'être un Bucarestois de souche et un fin connaisseur des grandes familles de cette ville, ce nom ne vous dit probablement rien.

Effectivement, c'est l'anniversaire de son double, Bunica (grand-mère en roumain), que nous avons fêté après avoir eu la chance de l'entendre commenter de vive voix, dans un français délicieux, les images du documentaire réalisé par sa petite-fille : Bunica, portrait intimiste d'une dame issue de la bonne bourgeoisie valache, indépendante et mue par une force intérieure lui permettant de passer à travers les gouttes de l'histoire avec détachement et élégance, nous emmène effectivement en 1h30 dans l'histoire de la Roumanie d'après-guerre. A travers le seul témoignage de cette femme ayant décidé de devenir conductrice de bus dans les années 60, en s'inventant une vraie-fausse identité prolétarienne pour pouvoir permettre à son fils unique (nécessairement chéri mais invisible dans le film) d'aller à l'université19a7d41fc22ab735eefd3cb603cb9c4f.jpg, une histoire intime permet d'appréhender des bribes d'une histoire collective (ce qui est la force du cinéma du réel à l'honneur cette semaine).

En l'accompagnant au marché avec son voisin, colosse sensible travaillant la moitié de l'année comme steward sur des bateaux de croisière à l'autre bout du monde, en écoutant "sa" factrice nous raconter avec flegme que en décembre 1989 il était compliqué d'assurer la distribution du courrier à Bucarest (!!!), en voyant des ferrailleurs tziganes comprendre qu'ils n'ont plus leur place dans une ville en plein boom (déglingue + béton = transition), ce sont autant de fragments emblématiques de plusieurs Roumanies que l'on découvre.

Et sa réalité à elle, c'est celle de la culture et de la confiance en soit qui permet d'affronter les aléas du quotidien, d'aimer sa Ţara Românească (terre roumaine, nom historique de la Valachie) tout en rappelant que l'Europe ce sont les Etats-Unis moins l'unité ... mais avec une appétence folle pour la culture et la complexité du monde en plus.

Il n'y a pas d'âge pour être jeune et bien dans sa tête : merci à vous, Bunica, de donner cette leçon à la jeune génération !

13.01.2008

luna park

Bucarest sous la neige depuis quelques jours déjà : quand la normalité d'un vrai hiver semble anormale au temps du réchauffement climatique...

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Les promenades à Herestrau n'en sont que plus agréables et les enfants attendront encore avant de retrouver leur balançoire !

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bulină roşie : passé cette limite...

Hier soir, soirée chez une amie dans un immeuble duquel la bulină roşie (littéralement, la "petite boule rouge") a été, apparemment, décrochée.

Et là, stupeur et tremblement : risque-t-on sa vie à pénétrer dans un immeuble frappé non pas du sceau de l'infamie mais du signe fatidique selon lequel il ne résisterait pas à un tremblement de terre d'une certaine échelle ?

A Bucarest, il y à les immeubles avec et sans. La plupart n'y font pas attention, d'autres oui, se disant que passés certaines limites, il vaut mieux être dans un immeuble sans bulină roşie, au cas où, plus de 30 ans après le tremblement de terre de 1977, Bucarest serait de nouveaux frappée.

Tout le monde sais que certains immeubles s'effondreront alors comme des châteaux de carte ou se fissureront un peu plus. Mais il vaut mieux ne pas regarder, car pour bien vivre à Bucarest, il ne faut pas se poser trop de questions : pousser les portes, traverser les rues, aller voir ce qui se passe dans les arrière-cours, c'est déjà prendre des risques. Mais sans risques, la vie n'a aucune saveur...

blog, mode d'emploi

Bucarest un dimanche d'après-midi, froid sec et temps beau. Du moins ce que j'observe de cette ville-fragments alors même que je me décide à créer ce blog personnel et anecdotique, mais nécessairement culturel et politique.

Personnel : car ce blog n'est pas institutionnel, n'engage que son rédacteur, trentenaire en poste à Bucarest pour quelques années, Européen de l'Ouest tourné vers l'Europe centrale et orientale, citoyen européen francophone, désireux de partager des choses vues, entendues et ressenties à Bucarest et mises en perspective en fonction d'humeurs quotidiennes.

Anecdotique : nécessairement anecdotique, dirait Marguerite DURAS, car il s'agit à partir de fragments du quotidien, par le texte, l'image ou le renvoi à d'autres sources, de vous faire partager des instantanés de la vie en Roumanie en 2008 et de témoigner de ce qui se transforme et de ce qui est immuable. En caressant des clichés dans le sens du poil ou en les démolissant, en croyant comprendre ce qu'est ce pays en transition ou en étant lost in translation.

Culturel et politique, car faire partager le ressenti du quotidien n'a vraiment d'intérêt que si on s'essaye à une mise en perspective culturelle et politique. Le culturel pour le goût des autres, le politique car c'est ce qui reste quand on a tout oublié.

Alors, bonnes lectures et rencontres.

vuderoumanie@laposte.net