05.10.2009
Je t'aime, moi non plus : regards photographiques sur une ville qui résiste
Trêve de discours sans concessions sur les périls urbanistiques et patrimoniaux qui continuent à peser sur Bucarest et qui ne doivent surtout pas conduire à ce que les Bucarestois et les visiteurs ne se sentent pas/plus propriétaires de leur patrimoine, au simple motif que celui-ci est en danger.
Tel est un des partis-pris, au contraire, de l'exposition photographique "Bucarest la mal-aimée, regards d'artistes sur une ville en péril"
qui réunit les photos de sept jeunes photographes emmenés par le photographe du baroque, architecte de formation, Ferrante FERRANTI. Ce dernier a adopté cette ville-fragments ; les photographes qui ont travaillé avec lui jouent sur les ruptures, les contresens, les couleurs pour donner autant de raisons d'investir et d'habiter cette ville.
L'expo est au diapason du lieu qui l'accueille, l'hôtel particulier de la str. Vasile Sion qui d'ici quelques temps accueillera les collections du Musée Kalinderu.
La (fausse) provocation du titre est une invitation à la promenade et une interpellation bienvenue.
L'exposition montée par l'Institut français de Bucarest pour le compte de l'Ambassade de France est, grâce au MNAR, visible tous les jours, sauf le lundi et le mardi, de 10h00 à 18h00, jusqu'au 1er novembre 2009 (entrée gratuite).
Muzeul Kalinderu
str. Vasile Sion nr. 2-4
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07.02.2009
"Give me the food", en chanson de Timişoara à Berlin
Ce blog était en jachère, sous-alimenté depuis décembre dernier. Grand temps de le ré-alimenter, au gré de l'actualité roumaine et des étonnements quotidiens de la vie en Roumanie.
J'ai découvert par Café Babel Miss Platinum, étonnante rappeuse lyrique de Berlin, Aussiedlerin* originaire de Timişoara qui a suivi ses parents à Berlin où elle a commencé une carrière musicale qui semble décoller.
Son Give me the food est un drôle (d')hommage à la Roumanie gourmande : à découvrir.
* Aussiedler (au féminin Aussiedlerin) : personne issue d'une minorité allemande d'Europe centrale ou orientale s'étant établi (angesiedelt) en Allemagne après 1989/1990 en faisant valoir son droit, parfois après plus de 10 générations, en Allemagne sur la base d'origines germaniques établies par l'état-civil et/ou la maîtrise de la langue allemande.
13:30 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, rap, roumanie, timisoara, berlin, miss platinum, give me the food
17.11.2008
Planchon/Ionesco : match retour à Bucarest
Vendredi dernier, belle rencontre théatrale avec Roger PLANCHON, 77 ans à peine, qui présentait au Théâtre Bulandra de Bucarest Amédée ou comment s'en débarrasser de Eugène IONESCO, mis en scène et interprété (pour le rôle d'Amédée) par lui.
Après cette représentation, tonique bien qu'un peu longue (mais IONESCO lui même n'aimait pas le dernier acte), Roger PLANCHON a pu expliquer au public attentif qui était resté pour échanger avec lui qu'il avait créé cette pièce 53 auparavant (seulement ?), donc en 1955, peu de temps après sa première rencontre avec Eugène IONESCO (qui, même à Lyon, craignait le regard de sa femme, restée à Paris, sur lui).
Cette pièce reste d'une belle actualité, notamment en ce qui concerne le descriptif cinglant des relations de voisinage dans des immeubles collectifs, motif que IONESCO avait du emmener dans ses bagages en retournant au lendemain de la seconde guerre mondiale en France.
Et Roger PLANCHON, d'une verdeur plaisante, était très heureux de retrouver un public roumain, plusieurs décennies après sa première apparition sur les planches du théâtre Bulandra, la mémoire de Ionesco présente en plus avec lui.
= = =
ps : cette pièce, produite à Villeurbanne en 2007, est présentée en Roumanie dans le cadre de la 17ème édition du Festival de l'Union des théâtres d'Europe organisé jusqu'au 21 décembre à Bucarest (et à Cluj) par le Théâtre Bulandra.
ps2 : la venue pour 3 représentations au Teatrul Odeon, les 19, 20 et 21 octobre, de la Comédie française, s'inscrit dans le cadre d'une tournée en Europe centrale et orientale, hors programmation de ce Festival, mais dans le cadre de la Saison culturelle européenne calée sur le calendrier de la Présidence française du Conseil de l'UE.
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27.10.2008
Rire sans mémoire
Très facile de ressasser l'absence de travail de mémoire en Roumanie sur le passé communiste, alors même que la société roumaine pâtit cruellement de ce manque de relation pacifié à son passé.
Alors plutôt que de ressasser cela, certains, comme l'écrivain Dan LUNGU, préfèrent explorer les interstices de la dérision et de l'absurde pour revenir sur le passé communiste ; son dernier ouvrage, Je suis une vieille coco ! Sint o babă comunistă ! (édition Jacqueline Chambon, 2008, pour l'édition française) est assez truculent et permet de saisir des tranches de vie loufoque d'une petite ville de Moldavie du temps de Ceauşescu.
Les histoires de Mitu, le contremaître, ont valeur d'exutoire.
"C'est le Camarade [CEAUŞESCU] et la Camarade qui sont en visite diplomatique en France. Au terme de toutes les rencontres officielles, sur les instances de la Camarade, ils vont visiter le Louvre. Devant un tableau, Elena s'enthousiasme à haute voix : "Pfutt... ça c'est un beau Vinci !". Discrètement, le guide lui glisse avec tact ! "Cela ressemble UN PEU à un Vinci mais c'est un Rembrandt, madame". La Camarade fait de nouveau quelques pas et, de nouveau :"Quel merveilleux Utrillo!" Le guide intervient encore : "Je vous prie de permettre une petite rectification, madame, c'est un Vinci."
Elle passe alors dans la salle voisine et s'exclame : "Ca, je sais, c'est la Tzigane
de Grigorescu." Le guide sourit dans sa barbe :"Je suis désolé de vous décevoir, Madame, mais ce n'es qu'un miroir."
A la fin du roman, Mitu est démasqué comme ayant été sécuriste, d'où la liberté de parole affirmée.
12:35 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : passé, communisme, ceausescu, dan lungu, littérature, blagues, histoires drôles
26.10.2008
Hyperréalité(s)
Deux regards non pas croisés mais superposés sur Bucarest en ce moment au Musée national d'art contemporain/MNAC : une exposition photo peu intéressante de Michel BÜHRER sur la cannibalisation urbanistique de Bucarest ("Bucharest, a cannibal city") et une exposition de peintures acryliques de Roman TOLICI, jeune artiste roumain, Cel mai probabili maîne/It could happen tomorrow.
Une dizaine de peintures grand format
sur Bucarest et la Roumanie contemporaine, aux couleurs ternes et criardes, qui exacerbent l'ambivalence de la ville post-communiste, figée dans une tristesse bétonnée et pourtant si vivante. A voir jusqu'au 30 novembre 2008.
12:30 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bucarest, bucuresti, peinture, art, mnac, roman tolici, michel bÜhrer
16.09.2008
Eloge de l'homme roumain
L'été se termine de manière abrupte, avant que ne revienne l'été indien/tzigane. L'apparition sur quelques écrans bucarestois de Boogie, film de Radu MUNTEAN présenté cette année à Cannes (Quinzaine des réalisateurs) permet un crochet par la Mer noire, à Neptun, lorsque le beau printemps arrive.
Boogie montre des trentenaires on ne peut plus banal, un couple sans histoire(s), le côté riant et anodin de la jeune génération qui, matériellement, trouve sa voie, cahin/caha, en étant restée en Roumanie ou partie à l'étranger. Boogie donne un coup de projecteur, ni trop vif, ni trop blafard, sur certaines réalités de la Roumanie d'aujourd'hui. C'est drôle et c'est grinçant.
Et c'est surtout un magnifique éloge de l'homme roumain. Heureusement qu'il ne s'agit que d'une fiction...
00:05 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : film, cinéma roumain, Radu MUNTEANU, boogie, éloge de l'homme roumain
14.09.2008
European (sportive) pride ?
On a gagné et on ne le sait même pas, à moins de lire les blogs et sites spécialisés de certains Européens tellement convaincus qu'ils s'efforcent de croire à l'émergence d'un patriotisme sportif européen ; Laurent en a entendu parlé à des terrasses de café à Nancy, Café Babel a titré dessus et la Jeunesse européenne fédéraliste (JEF) avait même anticipé en créant le site EU Olympics. 
Résultat non pas des courses à Vincennes mais des jeux à Pékin : les 27 Etats membres de l'Union européenne étaient engagés et seules 3 délégations nationales sont revenues sans médaille (la chypriote, la luxembourgeoise et la maltaise). La délégation roumaine est elle revenue avec 8 médailles, dont 4 en or.
Et en chiffres cumulés, 87 médailles d'or ont été attribuées aux Européens, soit exactement autant qu'à la Chine et aux Etats-Unis réunis ! Et 280 médailles d'or, d'argent et de bronze, contre 110 à la Chine.
N'allez pas chercher ces chiffres sur les pages de la Commission européenne consacrées au sport (in english only, of course...). La Présidence française du Conseil de l'UE s'est quant à elle fendue d'un petit communiqué en ce sens, bienvenu.
En marge de l'ouverture des jeux, la Ministre française en charge des sports, Roselyne BACHELOT, avait convié ses homologues européens à une réception à Pékin. Effectivement, le sport n'est pas une compétence partagée (et a fortiori exclusive) de la Communauté européenne (sinon, il y aurait de longue date une équipe européenne de foot...), mais des actions dites "d'appui" peuvent être engagées aux fins de coordonner les politiques des Etats membres en faveur des pratiques sportives non professionnelles et non commerciales (d'ailleurs, 2004 était l'Année européenne de l'éducation par le sport). Et le sport professionnel est soumis au droit européen de la concurrence.
Autrement dit, le sport comme facteur d'éducation, de socialisation, d'égalité des chances est un enjeu européen, mais dès que l'on sort les sifflets, les écharpes et les drapeaux, le(s) chauvinisme(s) sportif(s) sont parfaitement nationaux (ou régionaux).
Et les quelques uns qui comme moi se réjouissent de la victoire européenne, fictive bien entendu, aux JO de Pékin, ne font que rappeler que l'Europe souffre cruellement du manque de fierté que les Européens éprouvent à l'égard du projet europeén.
Derrière, c'est - encore et toujours - l'identité du projet européen et le souffle qui fait vivre et incarner la citoyenneté européenne qui est faible, bien trop faible. Et ceci est parfaitement absurde. Alors consolons-nous en faisant notre ces médailles européennes.
18:44 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : UE, EU, sports, JO, médailles européennes, European pride
25.06.2008
blagons avec le secrétaire d'Etat (1)
Quelques histoires des derniers temps de l'ère Ceaucescu entendues d'un secrétaire d'Etat drôle et mordant hier soir...
==1987, sur le pont de Giurgiulesti (principal point de passage entre la Roumanie et la Moldavie et donc, jusqu'en 1991, l'URSS==
Au milieu du pont, le chien d'un douanier roumain interroge le chien d'un douanier soviétique :
- alors, la perestroïka, ca fait changer les choses ?
- c'est radical : avant, ma laisse me laissait 4 mètres de liberté, maintenant j'en ai 8 !
- c'est incroyable, vous devez être très content...
- c'est sur [segur] : ma gamelle n'est plus qu'à 4 mètres !
10:10 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, blague, Ceaucescu, perestroïka, transition
26.05.2008
Si chers voisins
Samedi dernier, finale de l'Eurovision, rendez-vous très important pour Jean-Paul GAULTIER (qui a paraît-il commenté la finale depuis Belgrade pour la télévision française) et tous ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne : pour la Serbie, pays hôte, les autres pays des Balkans occidentaux, les trois Etats du Sud-Caucase, la Moldavie, l'Ukraine et la Russie, être sélectionné pour la finale de l'Eurovision, c'est encore mieux qu'un Accord de stabilité et d'association avec l'Union européenne. Sans oublier l'ineffable décrochage par Jérusalem (!!!) pour entendre l'octroi des "twelve points" par les téléspectateurs israéliens à la Russie.
L'Eurovision, c'est un peu l'Europe en très grand et le stade ultime de la variétoche (en anglais, si possible) appliquée au rapprochement entre les peuples.
Sur un plan artistique...
Mais cela peut être rigolo d'analyser (quel grand mot) qui donne ses points à qui. Et là il y a de l'espoir : l'Albanie donnant 10 points à la Serbie (!), la Géorgie à l'Arménie, l'Estonie à la Russie (vainqueur).
Et devinez qui à donné 12 points à Nico et Vlad MIRITA qui avaient au moins le mérite de chanter dans leur langue (la soupe en VO c'est quand même mieux que la soupe en VAnglaise) : la Moldavie.
Comme quoi, les relations Moldavo/Roumaine sont au beau fixe (M. VORONINE a-t-il lui aussi envoyé un SMS surtaxé ?).
07:53 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, soupe, Eurovision, Moldavie, VORONINE, Nico et Vlad MIRITA
25.05.2008
Etre, croire et avoir
Plutôt qu'un long "post", deux images commentées :
- près de Buzau (Nord-Est de Bucarest, dans le piémont des Carpates), photo prise devant le monastère Ciolanu, posé en haut d'une colline et entouré de forêts et d'une jolie prairie accueillant un jardin de sculptures des années 70. Foule dense en ce lundi de Pâques, recueillie et festive. Des cierges sont brûlés avant le déjeuner sur l'herbe (la gratăr, avec barbecue, bien sûr) en famille. Et avant de reprendre la route, un pope bénit la voiture, capot ouvert.
Pas d'achat d'indulgence, juste la croyance que la bénédiction du pope vaut extension de garantie et prémunit des accident,
- le même jour, en haut d'une vallée perdue, promenade dans le village d'Aluniş, isolé de tout et dont nous garderons un souvenir mémorable (côté pile : la très chaleureuse hospitalité de paysans nous invitant à boire un coup et visiter leur ferme, d'un autre temps ; côté face : les oeufs de pâques, peints, pas assez frais, nos estomacs s'en souviennent...). En haut du village, une église moitié en bois, moitié taillée dans le roc, seul lieu de recueillement accessible et encore consacré dans un coin qui abritait des ermitages pour des croyants qui seraient venus se réfugier il y a des siècles de Capadoce. Loin de tout.
Une même Eglise, les mêmes croyances, deux mondes : être, croire et, parfois, avoir.
11:25 Publié dans e. l'imaginaire du réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Roumanie, Romania, Buzau, Alunis, Manastirea Ciolanu, église orthodoxe, Pâques




