01.12.2008

39,26 % de participation et des équations à trois inconnues : le prix de la démocratie (sans électeurs) ?

 

Dieu merci, ce blog n'est pas politique et n'a pas vocation à l'être. J'avais pensé y glisser des photos des affiches de campagne les plus irrespectueuses des électeurs (que certains candidats prennent vraiment pour des c....), des commentaires désabusés sur une campagne pour les élections législatives (Chambre des députés et Sénat) sans militants et sans candidats mouillant leurs chemises pour aller au devant des électeurs, voire des billets tentant d'analyser les programmes (quel grossier terme) des partis en campagne.

Aujourd'hui, 1er décembre, Fête nationale en Roumanie. Devant l'Arc de triomphe de Bucarest, les dépôts de gerbe se font sous une brume qui incite à rester chez soi.

C'est ce qu'une majorité d'électeurs a fait hier, la participation ayant chuté à un niveau historiquement bas : 39,26%.

Avec un clivage villes/campagnesélections.JPG très marqués, les électeurs en milieu rural se rendant plus fidèlement aux urnes (effets du clientélisme en milieu rural ?). Ainsi dans les villes du judeţ de Timiş la participation en milieu urbain n'a pas dépassé 29%, elle était de l'ordre de 30% seulement à Bucarest.

Retournons vidons le verre, les chiffres sont abyssaux : des taux d'abstention grimpant à 71%. Dès hier, la Fundaţia Pro Democratia, une des ONGs faisant un (précieux) travail de monitoring des élections à constaté que ce taux d'abstention colossal est dû avant tout à une distance sans nom entre les candidats et les électeurs, alors même que le nouveau mode de scrutin qui était expérimenté hier (vote uninominal à un tour) avait pour objectif premier de rapprocher les candidats de leurs électeurs en octroyant une prime absolue (à la britannique) aux candidats capables de rallier 50% des suffrages exprimés dès le 1er tour.

Le mode de scrutin mis en oeuvre ne permet pas de retracer la composition des 2 assemblées à partir des nombres de voix exprimés, le scrutin relevant d'un mixte entre un mode de scrutin majoritaire et un mode de scrutin proportionnel (sièges non attribués aux candidats ayant réunis sur leur nom plus de 50% des voix répartis à la proportionnelle par judeţ).

Hier soir l'alliance PSD/PC (Parti social-démocrate, comportant en son sein une aile gauche peu réformiste, allié au Parti conservateur [PC] de centre-droit) l'emportait devant le PD-L (Parti démocrate-libéral, de centre-droit), laissant loin derrière le PNL (Parti national-libéral, libéral économiquement et sociétalement). Ce matin à 10h00, les résultats partiels remettent en selle le PD-L devant l'alliance PSD/PC.

Attendons donc la composition finale des assemblées. Le futur gouvernement sera dans tous les cas un gouvernement de coalition et les alliances qui se nouent en coulisse se feront sans que les électeurs n'aient donné leur avis, les tactiques d'alliances n'ayant, bien entendu, pas été explicitées au grand jour en amont.

En quelque sorte, une alternative entre l'alternance dans une certaine continuité et une continuité avec alternance partielle ? Symptômes d'une démocratie moderne et d'une société qui se cherche ?

...

13.09.2008

déplacements improbables

Si l'on en croit la carte des routes européennes, la Roumanie est un noeud routier et ferroviaire entre Europe centrale, Balkans occidentaux, Europe du Sud-Est et Mer noire.

La route européenne E70 qui va de l'Atlantique (La Corogne, à l'Ouest de l'Espagne) à Poti sur la Mer noire en Géorgie traverse la Roumanie du Sud de Timisoara, en arrivant de Serbie, à Ruse sur le Danube. Bonne chance à celui qui voudrait emprunter cette route du début à la fin ; et le passage de la frontière turco-géorgienne ne serait pas le plus difficile, comparé aux 200 kilomètres qui séparent Timisoara de Orsova sur le Danube, à la sortie des Portes de fer.

De retour de vacances, plus de 5h00 montre en main pour faire 200 kilomètres sur une route défoncée et en travaux, qui désespère les Roumains et met à nue la faiblesse des infrastructures de transport en Roumanie, pour un bout bon de temps encore, si l'on en croit la mauvaise planification des travaux, leur phasage improbable, la qualité des enrobés utilisés. Avec 9% de croissance par an, l'économie roumaine risque un jour de se réveiller avec la gueule de bois si les investisseurs devaient commencer à s'interroger sérieusement sur la fragmentation des chaines logistiques et l'imprévisibilité des temps de transport.

Du coup, les transports risquent de devenir un enjeu de la campagne électorale pour les élections législatives du 30 novembre 2008. Mais le problème restera certainement entier à l'issue de la législature 2008/2011, puisque le Programme opérationnel "transports" 2007/2013 financé sur fonds structurels ne couvrira qu'une petite partie des besoins en routes (en résumé, l'autoroute Transylvania Bucarest/Brasov/Cluj/Hongrie) et que le programme de remise à niveau des routes nationales devra s'appuyer sur des financements nationaux dont la gestion est quelque peu improbable.

C'était le coup de gueule de la rentrée...

Cela étant, je garderai un souvenir ému des longues minutes passées à suivre un enterrement dans un village, de l'étonnement du paysan s'étonnant d'apprendre que je ne comptais pas siffler au volant la bouteille de tuica que je lui ai achetée, avant d'éviter des chevaux sur la route et de me raconter l'histoire de Paf le chien ("et paf, le chien !").

Bonne route !

14.07.2008

Nous ne reviendrons pas au Luxembourg

Au bout de nulle part, à l'ouest de la route Braşov/Sighişoara, Viscri/Deutschweisskirch, le village de l'église allemande blanche. 6b5d05b576cbc17e667b0ba523868a63.jpgUn non-lieu au bout d'une piste délicatement vallonnée bordée de vergers et de champs de houblons (plus exploités, j'y reviendrai), un enchantement surprenant, un lieu de mémoire inscrit au patrimoine mondial de l'humanité et dont la mise en valeur a également été soutenue par la Commission européenne au titre du programme CULTURE 2000.

 

Un village-allées bordées de maisons à pignon d'architecture mosellane et rhénane, parfaitement disposées en contrebas d'une colline abritant l'église communale, peuplé jusqu'à 1990/91 d'une majorité d'Allemands de Transylvanie, venus des bords de la Moselle, dévastée il y à 4 siècles par la guerre de 30 ans, et trouvant ici l'assurance d'une terre et de la paix en ces confins de l'Empire austro-hongrois qu'il fallait alors stabiliser contre l'emprise ottomane.

Discussion émouvante à l'Eglise avec une dame âgée, dont tous les enfants sont partis en Allemagne, et décrivant le sort de ces Aussiedler (Allemands de l'étranger revenant s'établir en Allemagne) maintenant dans les banlieues de Hanovre et de Francfort, à moitié prolétarisés, ayant du mal à s'intégrer dans un pays qui n'est pas le leur, et s'interrogeant pour certains sur l'opportunité de revenir à Viscri relancer l'économie rurale de cette région au potentiel touristique sous-exploité.  Aujourd'hui, il n'y aurait plus que 20 à 30 Allemands à Viscri, contre plus de 200 il y a encore 20 ans. Les équilibres démographiques du village ont été rompus, certains savoir-faire perdus (la culture du houblon) et la relation à un écosystème traditionnel brisée.1b504bcddb05438ec9d0d0c72a48bc7d.jpg

Aujourd'hui, Viscri s'apprête à être raccordée au réseau d'eau courante et un réseau de chambres d'hôtes permet d'être accueilli dans ce village où il ne faut pas être surpris d'entendre parler lëtzebuergisch, langue véhiculaire de ceux qui il y à quelques siècles quittèrent Echternach au bord de la Moselle, dévastée, pour rejoindre cette terre promise, terra incognita du progrès tel que perçu au 21ème siècle (n'en déplaise à ce tracteur f20467315782c06ada36fabad83bc321.jpgde fabrication est-allemande).

Ainsi tourne la roue de l'histoire.

26.06.2008

blagons avec le secrétaire d'Etat (2)

1991, dans un congrès international des syndicats, un syndicaliste américain, un syndicaliste français et un syndicaliste roumain se rencontrent :

 - Chez nous, dit l'américain, les travailleurs se lèvent, font leur café, mangent des pancakes, se dandinent en descendant les escaliers, se tortillent pour monter dans leur pick-up, conduisent en écoutant Whitney HOUSTON, arrivent dans leur bureau climatisé et se font exploiter pour le compte d'un fond de pension.

- Chez nous, fanfaronne le français, les travailleurs se réveillent, font leur café au lait, mangent leur baguette, ralent en trainant les pieds en montant dans leur Renault, calent en écoutant Patricia KAAS, arrivent dans leur bureau aéré, lisent le journal en prenant leur café, et apprennent qu'ils se font exploiter pour LEUR compte à EUX.

- Chez nous dit le roumain, le travailleur se lève après n'avoir pas dormi, vérifie qu'il n'y a plus de café, va voir le syndic pour demanderà quelle heure il y aura de l'eau, se précipite, plein d'espoir, à l'arrêt de bus, prend un bus bondé, pousse le portail de l'usine désaffectée et se met au boulot.

- Et qui l'exploite à ce point, demandent de concert l'américain et le français ?

- Lui-même : il s'est mis à son compte. 

27.05.2008

Le degré -1 de la politique

Je ne pense pas que je ferai lundi prochain, après le 1er tour des élections locales (municipales et élections des conseils de judeţs) de commentaires sur les résultats. Parce que les enjeux sont tout, sauf politiques (au sens noble du terme : en lien avec les besoins de la cité et les attentes programmatiques des citoyens).

Pas de diaporama non plus présentant les affiches gigantesques des candidats à la mairie de Bucarest (et aux mairies de secteurs) accrochées aux immeubles comme des pubs pour des lessives (lave plus blanc) ou des assurances-vies (si vous votez pour moi, l'herbe sera plus verte).

Pas de capture d'écran des publicités électorales (je dis bien des pubs, pas des spots) intercalées entre des pubs pour des biens plus matériels.

Pas de commentaires sur les slogans plus ou moins bien trouvés (sans parler d'un site web non conçus pour des francophones : http://www.tancul.ro ou la démocratie aux trousses ou afficher clairement ses intentions à l'égard des électeurs).

Juste le constat désabusé que la démocratie roumaine n'a rien à apprendre du marketing électoral mis en oeuvre depuis des années en Europe de l'Ouest : le débat de fond, non, les stratégies de clientèle, oui !

Le financement de la vie politique et les collusions entre la politique et les médias restent des sujets d'études.

30.03.2008

payer deux fois la facture

L'(in)dépendance énergétique de la Roumanie est un vrai sujet de préoccupation depuis que le prix du gaz livré par la Russie sur le marché roumain a commencé à s'aligner sur les tarifs internationaux, renchérissant considérablement la facture énergétique du pays. Pour les habitants d'immeubles collectifs, les charges locatives, incluant le chauffage, sont en pleine explosion, la proratisation des charges entre occupants sans tenir compte de la consommation de chaque appartement n'incitant pas à la responsabilition individuelle.

Raison de plus de s'interroger sur l'éducation à l'environnement et la sensibilisation aux économie d'énergie dans un pays où le ratio consommation d'énergie/production industrielle est un des plus défavorable (le plus défavorable, même ?) au sein de l'Union européenne.

Sur cette photo 55c9a0829b1f85b97d7d28e31b3e69e9.jpgprise au Palais-musée Brukenthal à Sibiu, l'air frais passant par la fenêtre après une ondée est des plus raffraichissant, d'autant plus que le musée - comme la plupart des lieux publics en Roumanie - est surchauffé.

Et le radiateur sous la fenêtre ? Chauffant au maximum, comme il se doit...

Ou l'art de payer deux fois la facture, environnementale et énergétique. L'Agence roumaine pour les économies d'énergie (Agentia Româna pentru conservarea energiei/ARCE) a du pain sur la planche.

22.03.2008

la Roumanie en débats

A force d'entendre dire que le débat public sur la transition en Roumanie et la capacité de réforme du pays est trop faible, on peut en arriver à désespérer de la capacité d'introspection bienveillante et de critique bienveillante de la Roumanie sur elle même.

Si ce n'est quelques belles rencontres au quotidien et quelques initiatives qui décrassent les neurones à l'exemple des débats au café organisés par Eurocollège Bucarest, l'association des anciens étudiants du Collège juridique franco-roumain d'études européennes. Le dernier débat organisé le 3 mars 2008 opposait deux équipes francophones d'affirmateurs et de négateurs (étudiants de cette formation francophone unique en son jour en droit des affaires au sein de l'Université de Bucarest) de l'assertion suivante : "la Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers". Vieux débat, tranché par 19 voix contre 18 par une faible majorité de l'approche exogène de la modernisation/transition en Roumanie.

 
Je parierai volontiers que dans un an, la majorité pourrait bien être modifiée.

24.02.2008

Tea time chez le prince Radu, au service de la République

On connaît dans certaines monarchies européennes (les vraies...) des monarques républicains, mais connaissez vous des représentants de la famille royale au service de la république ?

En Roumanie, tel est le cas : si le roi Michel (Mihai), dernier roi de Roumanie ayant régné (jusqu'en 1947)  continue à vivre entre Genève et Paris, sa fille, la princesse héritière Margareta et son mari, le prince Radu, prince de Hohenzollern-Veringen9f5ab8b5d752317b20da2647737b55ba.jpg, vivent désormais essentiellement en Roumanie où le palais Elisabeta (nord de Bucarest, près du lac Herăstrău), est mis à disposition du couple royal déchu, de l'héritière de la couronne et du prince consors ... par les autorités roumaines et sécurisé par la garde présidentielle.

La semaine dernière, tea time avec le prince Radu, homme cultivé, affable et polyglotte, fils de médecin de Iaşi monté dans sa jeunesse sur les planches et ayant joué devant la caméra, devenu représentant spécial du Gouvernement roumain après avoir épousé l'héritière de la couronne.

Pas question d'entendre cet élégant plébéien annobli parler du retour à la monarchie, ni évoquer la peu glorieuse attitude de son beau-père durant la seconde guerre mondiale. La nostalgie monarchiste n'est pas au goût du jour et les héritiers de la couronne roumaine sont bien moins arrogants et plus fins que ceux de la couronne italienne (ce qui n'est pas difficile).

Non. La princesse Margareta et le prince Radu sont tous deux au service de leur pays et de leur nom, l'une en oeuvrant pour l'enfance et la protection sociale en Roumanie avec une fondation, l'autre en étant représentant spécial du Gouvernement roumain en Roumanie et à l'étranger pour promouvoir l'image du pays et donner un cap moral à un pays qui se cherche des figures charismatiques conciliant intérêt personnel et intérêt collectif.

Habile stratégie de la couronne de Roumanie, n'est-t-il pas ?

13.01.2008

an 1 ou an 18 ?

Temps court ou temps long, voilà la question que se pose tout historien aspirant à avoir une vraie profondeur de champ pour analyser le fait historique. Lorsque l'on constate que la révolution roumaine n'a que 18 ans, il est possible de croire que le recul historique est bien là, alors même que tout un travail est encore à faire sur la genèse et la conduite de cette révolution...

Pour autant, en ce début d'année 2008, il est question de la faiblesse, structurelle ou temporaire, du lei, de l'absence de ministre de la justice, du plus grand sapin de Noël en Europe (ou au monde) installé piata unirii à Bucarest... Actualité presque anodine.

Nous sommes an l'an 1 après l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne, célébré le 1er décembre dernier (fête nationale roumaine) par des passants agitant dans les rues de Bucarest des drapeaux à deux faces : l'une avec les couleurs du drapeau roumain avec surimprimé "[premier] premier décembre en Europe", l'autre avec un drapeau européen.

Nous sommes an l'an 18 de la révolution roumaine dont les images à chaud au journal télévisé d'Antenne 2 d'alors (voir les archives en ligne des JT des 21/25 décembre 1989 sur le site de l'Institut national [français] audiovisuel/INA) semblent presque irréelles tant cette réalité semble lointaine.

Le temps court du quotidien est celui de l'intégration européenne de la Roumanie, miraculeuse à considérer ces images. Images qui permettent de mieux mesurer le chemin parcouru par la Roumanie en 18 ans à peine et de comprendre, peut-être, pourquoi ce passé là est dissimulé par un présent, pas nécessairement glorieux, mais conquis à coup de réformes en passe d'être digérées.