11.05.2008

Regard(s) européen(s)

Pendant quelques jours encore on peut voir à Bucarest (puis ensuite à Timişoara, Craiova et Iaşi) des films de presque tous les pays européens, programmés sur le thème du dialogue interculturel. Logique en cette Année européenne du dialogue interculturel. L'Institut culturel roumain et la délégation/bureau d'information de la Commission européenne en Roumanie permettent ainsi d'élargir son horizon sans devoir aller au multiplexe voir un énième nanar américain : comme le rappelle la bande-annonce, une semaine par an, le cinéma européen a une (petite) place pour lui chez lui, en Roumanie.

02.04.2008

MM. PO(u)T(EMK)INE and co. en visite à Bucarest

Etrange spectacle ce soir de voir Calea Victoriei (plein coeur de Bucarest) vide avec des policiers et des gendarmes souriants et fermes postés tous les 10 mètres pour expliquer aux passants moins nombreux qu'eux qu'il serait inconsidéré de traverser en dehors des clous. Pas de trafic "civil", juste trois bus aux vitres fumées escortés par la police remontant à toute berzingue vers le nord des escadrons de "young Atlantists" (sic), avant-garde des officiels qui à compter de demain, mercredi 2 avril, seront présents pour le sommet de l'OTAN (à suivre sur internet).

Pas d'analyse ce soir des tenants et des aboutissants de ce sommet qui confortera la volonté roumaine de se situer comme un pivot entre l'UE atlantiste d'une part (dont la Roumanie est une très loyale composante) et les Balkans occidentaux ainsi que ses plus ou moins encombrants voisins sur le pourtour de la Mer noire d'autre part...

Juste un air de déjà vu, une réminiscence du syndrome du village Potemkine, dans un Bucarest normalement tumultueux, chaotique, européen et oriental, dont la voirie est un poème valacho-danubien. Mais depuis quelques jours, marquages au sol parfaits, nids de poule comblés, signalétique revisitée, terre-pleins fleuris donnent à Bucarest un petit air de Genève ou de Vaduz. 

En 2006, le sommet de la Francophonie avait été un galop d'essai pour inscrire Bucarest sur la carte des métropoles internationales ; le sommet de l'OTAN sur 3 jours permettra-t-il enfin que je n'aie plus à expliquer que Bucarest et Budapest, ce n'est pas la même tête d'épingle sur la carte d'une Europe centrale, orientale et du Sud-Est hélas trop peu connue des Européens de l'Ouest ?

24.03.2008

rythm is it

Jolis moments musicaux ces derniers jours grâce à Lola Lafon, la titi parigote franco-roumaine qui nous a livré une très belle interprétation de Göttingen de Barbara au Clubul ţaranului romăn (club du paysan roumain adossé au Musée du paysan roumain à Bucarest) quand une nouvelle droite rance et insignifiante veut casser du magyar dans les rues de Cluj.

 
Rythm is it  avec Jean RACINE88e8861ff75a05b940505577de761f68.gif (pas le contemporain de Pierre CORNEILLE mais l'homme à la guitare et au joli vibrato fier d'être Born in Africa) qui a su faire vibrer son public étudiant au Club A, plus vieux club étudiant de Bucarest.

Invitation à l'imaginaire il y a avec Gilles LEROY qui, à la manière de, nous fait revivre par sa bouche et son phrasé Zelda FITZGERALD et nous renvoie de son Alabama natal au Paris de l'entre-deux-guerre, reconnaissant également que son Alabama song lu à deux voix en français et en roumain à l'Institut français de Bucarest ne perd rien de sa musicalité en allant se poser au bord de la Dâmboviţa.

03.02.2008

un Casse-noisette peu en cacher un autre

Attention : un Casse-noisettes peu en cacher un autre. En ce moment dans les rues de Bucarest, on trouve des affiches annonçant la venue à la Sala Palatului du Théâtre du Bolchoï de Moscou puis du Ballet national de Kiev pour jouer Spărgătorul de nuci (Casse-noisette) sur la chorégraphie originale de Marius PETIPA et la music de Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKY.3f9880208ef88b7658e61cf124552740.jpg

Les fans de TCHAÏKOVSKY peuvent ainsi se réjouir de cette contribution au rapprochement cuturel (il y a du boulot) entre la Roumanie, l'Ukraine et la Russie, ou aller voir les héritiers du Buena Vista Social Club ou, plus hasardeux, aller voir une pièce inspirée de l'exécution de Nicolae et Elena Ceaucescu 3344f67595af6cf73c516653c9a4642e.jpg...2f7ed28b0859e483cc349a60de9735e3.jpg

coup de bambou

Hier soir (ou plutôt cette nuit), je me suis laissé entrainer pour la seconde fois au Bamboo Club, place to be par excellence à Bucarest, et là je me suis interrogé : serais-je en train de devenir un jeune con ?

Normalement, j'aurais du m'extasier devant les belles carrosseries garées devant l'entrée (BMW, Bentley, Maserati...) et parquées à l'intérieur (vraies brunes, fausses blondes, vraies blondes, hauteurs variables de talon et épaisseur divergente du blush sur les lèvres), m'ennivrer des remix post-80's (les trépidations de la machine chantait Brigitte BARDOT : ici, musique tellement forte qu'inaudible, si ce n'est par les vibrations du sol vous remontant le long des mollets), m'extasier de voir tant d'esbrouffe, de bellatres, de vieux beaux, de Barbie-girls, de Ken(s)...

Mais non, rien à faire : parqués dans plus de 1.000m2, sans que personne ne danse, tout le monde semblait s'emmerder, ayant comme seul souci de s'afficher et de dire : "j'y étais et j'y ai trouvé ma part de rêve". C'est vrai qu'une fois entré, on oublie tout et Bucarest a soudainement un petit côté Ibiza, la mousse en moins (du moins, j'imagine, je ne suis jamais allé à Ibiza...). Finalement, ce que j'ai le plus apprécié, c'était dans un couloir trois go-go dancers fumer une clope en se racontant des blagues entre copines avant d'aller se trémousser sous les spotlights : 89d9262690f970aec6289676e43d3d9b.pngleur part de naturel en quelque sorte, avant les chorégraphies très étudiées et le ballet des regards (masculins et féminins) braqués sur elles comme les phares d'une voiture sur une biche approchant vers les lumières de la ville.

26.01.2008

les gens de Bucarest (suite) : Bunica, 93 ans

L'autre soir à l'Institut français de Bucarest, nous étions sans en avoir été prévenus une petite quarantaine à fêter les 93 ans d'une grande petite dame, frêle et volontaire, pétillante et malicieuse : Ana IONESCU-ASLAN. A moins d'être un Bucarestois de souche et un fin connaisseur des grandes familles de cette ville, ce nom ne vous dit probablement rien.

Effectivement, c'est l'anniversaire de son double, Bunica (grand-mère en roumain), que nous avons fêté après avoir eu la chance de l'entendre commenter de vive voix, dans un français délicieux, les images du documentaire réalisé par sa petite-fille : Bunica, portrait intimiste d'une dame issue de la bonne bourgeoisie valache, indépendante et mue par une force intérieure lui permettant de passer à travers les gouttes de l'histoire avec détachement et élégance, nous emmène effectivement en 1h30 dans l'histoire de la Roumanie d'après-guerre. A travers le seul témoignage de cette femme ayant décidé de devenir conductrice de bus dans les années 60, en s'inventant une vraie-fausse identité prolétarienne pour pouvoir permettre à son fils unique (nécessairement chéri mais invisible dans le film) d'aller à l'université19a7d41fc22ab735eefd3cb603cb9c4f.jpg, une histoire intime permet d'appréhender des bribes d'une histoire collective (ce qui est la force du cinéma du réel à l'honneur cette semaine).

En l'accompagnant au marché avec son voisin, colosse sensible travaillant la moitié de l'année comme steward sur des bateaux de croisière à l'autre bout du monde, en écoutant "sa" factrice nous raconter avec flegme que en décembre 1989 il était compliqué d'assurer la distribution du courrier à Bucarest (!!!), en voyant des ferrailleurs tziganes comprendre qu'ils n'ont plus leur place dans une ville en plein boom (déglingue + béton = transition), ce sont autant de fragments emblématiques de plusieurs Roumanies que l'on découvre.

Et sa réalité à elle, c'est celle de la culture et de la confiance en soit qui permet d'affronter les aléas du quotidien, d'aimer sa Ţara Românească (terre roumaine, nom historique de la Valachie) tout en rappelant que l'Europe ce sont les Etats-Unis moins l'unité ... mais avec une appétence folle pour la culture et la complexité du monde en plus.

Il n'y a pas d'âge pour être jeune et bien dans sa tête : merci à vous, Bunica, de donner cette leçon à la jeune génération !

20.01.2008

au théâtre ce soir

En sortant l'autre soir de l'Athénée roumain, salle de la Philharmonie Enescu, m'étonnant de voir un ciel de brume être soudainement descendu sur le coeur de la ville, prélude à la fonte des neigesf2c34e5f87fe37c9af02aff8591cc64f.jpg, j'étais un peu songeur, tant ce lieu est chargé de symboles.

Symbolique explicite de l'exaltation d'une histoire nationale sous la coupole de la grande salle de concert avec une fresque présentant en 25 motifs les grands moments de l'histoire roumaine telle qu'elle pouvait être perçue à la fin des années 1880, alors que Bucarest se construisait à l'image de ce que voulait être la Roumanie moderne : occidentale et ouverte, mais également ancrée dans le temps long d'une légitimité historique bien plus forte que la (non-)réalité stratégique de l'existence de la Roumanie dans le concert des nations.

Symbolique aussi de voir un chef américain, Larry LIVINGSTONE, diriger en première partie l'ouverture à Candide de Leonard BERNSTEIN, suivie d'un concerto pour clarinette et orchestre de MOZART et de la 5ème symphonie de CHOSTAKOVITCH, balayant d'Ouest en Est les frontières entre musique "bourgeoise" et européenne. Aurelian-Octav POPA, clarinettiste de la Philharmonie et soliste mis en avant pour ce concert, virtuose et fantasque, était heureux de partager avec son public ces envolées maîtrisées.

Et sans à aller chercher de symboles, quel plaisir de voir au concert un public varié, pas tape-à-l'oeil, bourgeois et populaire, jeune et vieux, bien et mal habillé. A se demander si l'Athénée n'est pas un des très rares endroits à Bucarest où des gens venant d'horizons très variés se rencontrent sans se croiser...

les gens de Bucarest

Ma soeur m'a demandé de mettre en ligne des portraits de "vrais" gens rencontrés aux quatre coins de Roumanie, afin de pouvoir derrière des tranches de vie donner à comprendre en filligrane ce qu'est la Roumanie d'aujourd'hui. Promis, ce sera fait dans les prochaines semaines, rendant ainsi ce blog plus personnel et intimiste.

En attendant, je ne peux que vous inciter à lire Bucarest : le dégel 56bc2539124ad70a4a8d62467b4b7b74.jpg de Mirel BRAN (correspondant du Monde en Roumanie), série de portraits de personnalités emblématiques du renouveau culturel, politique et associatif de Bucarest, éditée en français par les éditions Autrement dans la série Villes en mouvement et agrémenté de photos intéressantes de Franck HAMEL.

Et sur la "télévision de découverte francophone" (sic) en ligne (dont j'ai découvert à l'instant l'existence), une série de portraits de "Roumains qui nous parlent de leur relation au français et à la francophonie", journaliste, universitaires, responsables associatifs. Ne vous laissez pas rebuter par le côté très institutionnel de l'habillage et du parti pris de ces portraits (réalisés avant le sommet de la Francophonie de Bucarest en septembre 2006) : certains propos permettent de comprendre en quoi la francophonie en Roumanie a des raisons du coeur et le coeur de la raison ... pour ce qu'il en reste (les vestiges du jour, pour finir ce "post" sur une autre référence littéraire anglo-saxone ?)

13.01.2008

luna park

Bucarest sous la neige depuis quelques jours déjà : quand la normalité d'un vrai hiver semble anormale au temps du réchauffement climatique...

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Les promenades à Herestrau n'en sont que plus agréables et les enfants attendront encore avant de retrouver leur balançoire !

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bulină roşie : passé cette limite...

Hier soir, soirée chez une amie dans un immeuble duquel la bulină roşie (littéralement, la "petite boule rouge") a été, apparemment, décrochée.

Et là, stupeur et tremblement : risque-t-on sa vie à pénétrer dans un immeuble frappé non pas du sceau de l'infamie mais du signe fatidique selon lequel il ne résisterait pas à un tremblement de terre d'une certaine échelle ?

A Bucarest, il y à les immeubles avec et sans. La plupart n'y font pas attention, d'autres oui, se disant que passés certaines limites, il vaut mieux être dans un immeuble sans bulină roşie, au cas où, plus de 30 ans après le tremblement de terre de 1977, Bucarest serait de nouveaux frappée.

Tout le monde sais que certains immeubles s'effondreront alors comme des châteaux de carte ou se fissureront un peu plus. Mais il vaut mieux ne pas regarder, car pour bien vivre à Bucarest, il ne faut pas se poser trop de questions : pousser les portes, traverser les rues, aller voir ce qui se passe dans les arrière-cours, c'est déjà prendre des risques. Mais sans risques, la vie n'a aucune saveur...