08.02.2009

La mémoire et le vide

La Compagnie de l'Echo, en résidence dans le sud de la France (à Hyères), était invitée fin janvier à présenter sa très poignante mise en scène de Lebensraum/Espace vital d'Israël HOROWITZ au Théâtre juif de Bucarest, ainsi qu'à Iaşi et Cluj (invitation portée par l'Institut français de Bucarest et les Centres culturels français de Cluj et de Iasi).

3 acteurs sur scène pour interpréter une cinquantaine de rôles, autour d'un motif - bien entendu fictionnel - d'une infinie complexité : le Chancelier fédéral allemand invite 6 millions de juifs du monde entier à venir s'établir en Allemagne, aux fins d'obtenir, ultime étape d'un travail de mémoire entrepris dès les années 50, la rédemption d'un Etat et d'un peuple après la shoah. Réflexion sur la mémoire et la responsabilité collective, pièce écrite par un juif new-yorkais "par amour des juifs et des Allemands". Les parcours individuels de membres de la diaspora juive découvrant une Allemagne ouverte, libérale mais en crise économique, et d'ouvrier allemands ne pouvant pas accepter qu'une certaine perception de la responsabilité collective les amène à perdre leur emploi (seuls des immigrants juifs pouvant prétendre occuper certains postes) s'entrecroisent et se catapultent. Toutes les idées reçues sur l'impossibilité d'apporter une réponse collective et matérielle à l'impératif de voir entretenue et transmise la mémoire de la shoah sont cassées dans cette pièce.

Un texte très fort servi par une mise en scène minimaliste et un très bon jeu d'acteurs (mais hélas desservi par le massacre des langues anglaise et allemande, le jeu sur l'intercompréhension linguistique étant également au coeur de la pièce).

Et l'occasion de découvrir ce Théâtre juif d'Etat (Teatrul Evreiesc de Stat), étonnant bâtiment non loin de piaţa Unirii, à la lisière des quartiers détruits dans les années 70/80. Avant-guerre, ce Théâtre était au coeur du quartier juif et d'une scène théâtrale en yiddish, très dynamique. Après guerre, le théâtre fut nationalisé. Encore aujourd'hui, alors qu'il ne reste presque plus de communauté juive à Bucarest, on peut y voir des pièces en yiddish ou en roumain.

En sortant du théâtre après la représentation, deux images : un vieil immeuble à l'abandon sur la droite et un terrain vague sur la gauche. Un des nombreux no man's land urbain de Bucarest.

A l'image de la mémoire de la shoah en Roumanie (bien qu'une réflexion, comparable à ce qui a été entrepris en France très/trop tardivement, à compter de 1995, semble aujourd'hui s'initier).

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