28.10.2008

Podul de Flori, pot-pourri moldave

Les lumières sont les collines sont douces et rasantes et quelques détails font percevoir que nous sommes au-delà du Prut, en République de Moldavie et non pas en Moldavie roumaine : une statue de Lénine encore présente, une référence au raion hérité de l'URSS et non pas au judeţ roumain (équivalent du Département français ou de la Province belge), un parlé très particulier. Derrière ces images d'une campagne qu'un occidental qualifierait d'intacte, une réalité dure mais appréhendée avec une grande générosité : un homme, dur et droit, tendre et parfois perdu, élève seul ses enfants, sa femme étant partie travaillée en Italie.

Le huis clos familial ouvert sur la campagne moldave est retranscrit de manière documentaire, suivant les saisons qui accentuent l'éloignement de la mère. Le regard si juste et clairvoyant de Thomas CIULEI, sur Costica et ses enfants a valeur de fable.

Et pourtant, c'est une réalité massive qu'il présente, celle de dizaines de milliers d'enfants en Moldavie élevés par un seul ou aucun de leurs parents, ces derniers étant partis à l'étranger.

Un regard juste et un documentaire à voir.

Peaux en stock : chez Dan COMA, maroquinier

 

Un sous-sol regorgeant de peaux plus fines et délicates les unes que les autres, dont du cuir d'agneau orange, identique à celui utilisé par Hermès. Normal, Dan COMA, LE maroquinier bucarestois, a le même fournisseur, près de Lyon, où il se rend régulièrement.

Chez lui, bottines sur mesures, reliures à la demande du client, sacs de voyage individualisés. Dan COMA a pignon sur rue dans deux boutiques de Bucarest, mais c'est chez lui, Bd. Constantin Prezan, qu'il faut aller pour découvrir son univers personnel, son showroom et son atelier, réunis en une demeure des années 50 à l'abri du tumulte de la ville, insoupçonnable si on ne connaît pas l'adresse.

C'est lui ou sa compagne qui vous ouvrira la porte pour vous mener à son salon où vous pourrez observer robes créés par sa compagne, accessoires et outils du maroquinier ayant traversé les tumultes du 20ème siècle et créations variées, individualisables ad libidum, pour un prix somme toute modeste.

Un îlot de savoir-faire, de tradition, de quiétude, dans une ville où, hélas, tout ce qui est beau et luxueux, semble trop souvent devoir être importé. Sauf les créations de Dan COMA et des créateurs qui, un peu plus nombreux chaque jour, aèrent Bucarest.

27.10.2008

Rire sans mémoire

 

Très facile de ressasser l'absence de travail de mémoire en Roumanie sur le passé communiste, alors même que la société roumaine pâtit cruellement de ce manque de relation pacifié à son passé.

Alors plutôt que de ressasser cela, certains, comme l'écrivain Dan LUNGU, préfèrent explorer les interstices de la dérision et de l'absurde pour revenir sur le passé communiste ; son dernier ouvrage, Je suis une vieille coco ! Sint o babă comunistă ! (édition Jacqueline Chambon, 2008, pour l'édition française) est assez truculent et permet de saisir des tranches de vie loufoque d'une petite ville de Moldavie du temps de Ceauşescu.

Les histoires de Mitu, le contremaître, ont valeur d'exutoire.

"C'est le Camarade [CEAUŞESCU] et la Camarade qui sont en visite diplomatique en France. Au terme de toutes les rencontres officielles, sur les instances de la Camarade, ils vont visiter le Louvre. Devant un tableau, Elena s'enthousiasme à haute voix : "Pfutt... ça c'est un beau Vinci !". Discrètement, le guide lui glisse avec tact ! "Cela ressemble UN PEU à un Vinci mais c'est un Rembrandt, madame". La Camarade fait de nouveau quelques pas et, de nouveau :"Quel merveilleux Utrillo!" Le guide intervient encore : "Je vous prie de permettre une petite rectification, madame, c'est un Vinci."

Elle passe alors dans la salle voisine et s'exclame : "Ca, je sais, c'est la Tzigane grigorescu tzigane.jpgde Grigorescu." Le guide sourit dans sa barbe :"Je suis désolé de vous décevoir, Madame, mais ce n'es qu'un miroir."

A la fin du roman, Mitu est démasqué comme ayant été sécuriste, d'où la liberté de parole affirmée.

26.10.2008

Hyperréalité(s)

Deux regards non pas croisés mais superposés sur Bucarest en ce moment au Musée national d'art contemporain/MNAC : une exposition photo peu intéressante de Michel BÜHRER sur la cannibalisation urbanistique de Bucarest ("Bucharest, a cannibal city") et une exposition de peintures acryliques de Roman TOLICI, jeune artiste roumain, Cel mai probabili maîne/It could happen tomorrow.

Une dizaine de peintures grand format 4iulie_roman tolici.jpgsur Bucarest et la Roumanie contemporaine, aux couleurs ternes et criardes, qui exacerbent l'ambivalence de la ville post-communiste, figée dans une tristesse bétonnée et pourtant si vivante. A voir jusqu'au 30 novembre 2008.

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